Chronique-fiction : Alpha- Ouattara, tête-à-tête qui finit en queue de poisson

26 octobre 2017 3:03:09
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Votre quotidien électronique Guinéenews© continue à plonger ses lecteurs dans le thriller de la politique- fiction. Après le comédien, Mamadou Thug, le président Alpha Condé rencontre son homologue ivoirien, Alassane Ouattara. L’un est le conseiller politique du second et celui-ci, le conseiller économique du premier.

Mais un point de divergence, l’ivoirien a déjà annoncé qu’il ne fera pas un troisième mandat comme beaucoup de ses pairs Ouest- africains. Mais l’autre entretient toujours un flou artistique. Et c’est là, la grande différence.

Alpha Condé : comment vas-tu, mon conseiller économique ?

Alassane Ouattara : je vais  bien, mon conseiller politique, et toi ?

Alpha Condé : bien aussi et Dominique, la dame de fer ?

Alassane Ouattara : Dominique se porte comme un charme. Elle voulait venir avec moi mais elle a un calendrier assez chargé et la tienne ?

Alpha Condé : elle va bien aussi. Je te souhaite la bienvenue en Guinée et un agréable séjour.

Alassane Ouattara : merci, très enchanté de revenir à Conakry

Alpha Condé : dis-moi, qu’as-tu apporté pour moi de bon ?

Alassane Ouattara : un peu d’Attiéké et du poisson braisé (rire)

Alpha Condé (rire) : de l’Attiéké et du poisson braisé ?

Alassane Ouattara : oui, bien entendu, tu n’en veux pas ?

Alpha Condé : si, j’en veux, ma langue salive déjà !

Alassane Ouattara : pour moi, tu n’es pas accroc de l’Attiéké

Alpha Condé : c’est mon plat préféré, je suis ivoirien aussi

Alassane Ouattara : qui a délivré ton certificat de nationalité ?

Alpha Condé : je n’ai pas besoin d’un certificat de nationalité

Alassane Ouattara : la Côte d’ivoire a changé hein (rire) ?

Alpha Condé : comment ça ?

Alassane Ouattara : hier, il fallait être de père et de mère ou de père ou de mère. Mais aujourd’hui, c’est par une simple déclaration d’amour (rire)

Alpha Condé : tu me tues de rire, je n’avais pas compris ton allusion

Alassane Ouattara : alors, revenons à nos moutons, qui a délivré ta nationalité ivoirienne ?

Alpha Condé : ce n’est pas important. L’essentiel est que la Côte d’ivoire c’est ma deuxième patrie

Alassane Ouattara : rectificatif, la Cote d’ivoire, c’est ta quatrième patrie (rire)

Alpha Condé : mais, Alassane, comment peux-tu dire ça ? Tu es vicieux hein !

Alassane Ouattara : la Guinée d’abord, la France ensuite, puis le Burkina et enfin la Côte d’ivoire (rire)

Alpha Condé (il rit aux éclats) : que tu le veuilles ou pas, je suis ivoirien, moi.

Alassane Ouattara : pas ivoirien seulement

Alpha Condé : quelle autre nationalité ?

Alassane Ouattara : Burkinabé aussi (rire)

Alpha Condé : oui Burkinabé comme toi aussi (rire)

Alassane Ouattara : non, Alpha, tu me rappelles des souvenirs, j’ai la chair de poule

Alpha Condé : moi au moins, je n’ai pas une double identité

Alassane Ouattara : qui a une double identité ?

Alpha Condé : ton petit, qui se fait économiste

Alassane Ouattara : quel petit ?

Alpha Condé : celui qui s’appelle Diakhaby en Guinée et Touré en Côte d’ivoire

Alassane Ouattara : tu fais allusion à Sidya Touré ? C’est un bon cadre hein ?

Alpha Condé : ce n’est pas dans ma bouche que tu vas écraser tes piments

Alassane Ouattara : mais il m’a dit que, toi aussi, tu es Condé en Guinée et Koné au Burkina

Alpha Condé : et dire que c’est mon haut représentant, je ne suis pas surpris

Alassane Ouattara : bon, changeons de sujet

Alpha Condé : que veux-tu que je t’offre à boire ?

Alassane Ouattara : oui, du jus de gingembre

Alpha Condé : ne crains pas la facture, je paie parce que vous les économistes, vous faites des réunions pour votre petit- déjeûner

Alassane Ouattara : toi aussi, sers-moi ce que j’ai commandé

 Alpha Condé : ton ministre des affaires étrangères vient de me souffler à l’oreille que vous rentrez ce soir. Mais je lui ai dit que ce n’est pas à lui de prendre des décisions. C’est moi, qui invite.

Alhassane Ouattara : désolé, je suis obligé d’écourter ma visite

Alpha Condé : Pourquoi ? As-tu une urgence à Abidjan ?

Alhassane Ouattara : pas grand-chose à faire à Abidjan, mais je veux éviter Edwy Plenel de Médiapart

Alpha Condé : mais il est à Paris, lui ?

Alassane Ouattara : notre ambassadeur vient de me dire qu’il est à Conakry

Alpha Condé : ah oui, tu as raison, j’avais même oublié ça. Il doit venir en Guinée.

Alassane Ouattara : Pour quoi faire ? C’est toi qui l’as invité ?

Alpha Condé : pas moi mais si c’est à cause de lui, prolonge ton séjour

Alassane Ouattara : je préfère repartir et revenir quand il rentrera en France

Alpha Condé : t’inquiète, il ne sera pas à notre point de presse

Alhassane Ouattara : je ne prendrais pas ce risque, Alpha, je le connais. As-tu appris ce qu’il m’a fait ?

Alpha Condé : je l’ai appris par voie de presse mais je serais heureux de l’apprendre auprès de toi de vive voix

Alassane Ouattara : il a établi des preuves de montage entre la CPI, Paris et Abidjan pour le transfèrement de Laurent Gbagbo à La Haye et ça me chauffe.

Alpha Condé : j’ai écouté ça sur RFI. Une opération aux airs de Françafrique. Il dit que cela s’est fait, alors que la Cote d’ivoire n’avait pas adhéré aux principes de la CPI

Alassane Ouattara : depuis, la presse proche de Gbagbo parle de la justice des vainqueurs

Alpha Condé : T’inquiète, je trouverai un arrangement. Nous animerons notre conférence de presse pendant qu’il tient sa conférence à l’Université de Sonfonia.

Alhassane Ouattara : dis-moi, que fait-il en Guinée ? Est-il sur une enquête ?

Alpha Condé : il est là sur invitation de Guinéenews qui fête ses vingt ans

Alhassane Ouattara : C’est quoi, Guinéenews ?

Alpha Condé : un site internet, le premier en Guinée.

Alhassane Ouattara : mais ils ont un réseau étoffé hein ? Inviter Edwy Plenel ?

Alpha Condé : eux- là, même si je me brosse les dents, ils vont écrire à la minute près

Alhassane Ouattara : bon changeons de sujet, ce n’est pas ce qui m’amène ici

Alpha Condé : quel vent t’a poussé jusqu’au rivage de Conakry ?

Alhassane Ouattara : au fait, j’ai besoin de repos et de conseils

Alpha Condé : je tends les oreilles, que puis-je faire pour toi ?

Alhassane Ouattara : je n’arrive plus à dormir à Abidjan

Alpha Condé : qu’est-ce qui se passe ? Es-tu malade ? 

Alhassane Ouattara : les moustiques de Soro ne font que me piquer.

Alpha Condé : tu as une épine dans les chaussures. Ton Soro est intelligent, ambitieux mais pressé

Alhassane Ouattara : il n’a qu’une seule idée en tête : m’évincer et me remplacer

Alpha Condé : par les urnes ou par les armes ?

Alassane Ouattara : tous les moyens sont bons pour lui

Alpha Condé : as-tu eu des discussions dans ce sens avec lui ?

Alhassane Ouattara : pas encore, il passe son temps à voyager, on tend vers le clash

Alpha Condé : je pense que tu dois échanger avec lui, avant de faire quoi que ce soit

Alhassane Ouattara : je n’ai plus la force de m’asseoir avec lui pour parler

Alpha Condé : il le faut, Alhassane, tu ne le regretteras pas

Alhassane Ouattara : je ne peux pas imaginer son revirement à 180 degré

Alpha Condé : je sais que tu as beaucoup fait pour lui mais il faut dialoguer avec lui

Alassane Ouattara : J’ai envoyé Laurent Gbagbo à la Haye. Lui n’est pas inquiété. Je l’ai fait Premier ministre et président de l’Assemblée nationale. Il le sait. Dans l’affaire des écoutes téléphoniques entre Abidjan et Ouaga aussi, c’est moi, qui l’ai sorti du pétrin. Il le sait aussi.

Alpha Condé : tu m’avais dit tout ça au téléphone mais cela ne résout pas le problème

Alhassane Ouattara : aujourd’hui, comme récompense, il organise des mutineries

Alpha Condé : ah bon, les mutineries, c’est lui ?

Alhassane Ouattara : tout porte à croire que c’est lui. En tout cas, toutes les pistes mènent vers lui. La preuve, on a trouvé 600 tonnes d’armes chez son protocole. C’est tout te dire ?

Alpha Condé : Alassane, c’est toi qui es responsable de tout ce qui t’arrive aujourd’hui.

Alassane Ouattara : comment ça ?

Alpha Condé : d’abord, tu annonces ouvertement que tu ne feras pas un troisième mandat

Alassane Ouattara : je n’avais pas le choix, sinon je n’aurais pas eu le soutien de Bédié en 2015

Alpha Condé : cette déclaration va te coûter chère ?

Alassane Ouattara : à ma place, qu’aurais-tu fait ?

Alpha Condé : j’entretiens le flou en refusant de trancher jusqu’à la dernière minute

Alassane Ouattara : je n’ai pas ton expérience. Toi, tout est politique. Sidya Touré m’a fait rire une fois quand il m’a dit que pour un problème, tu peux avoir des plans de A à Z, plus un plan secours

Alpha Condé : Sidya passe tout son temps à me dénigrer mais il me verra comme soleil à midi

Alpha Condé : ne prends pas mal, c’est juste pour amuser la partie

Alassane Ouattara : revenons à nos moutons

Alpha Condé : tu as eu tort d’avoir dit tôt à tout le monde que tu ne feras pas un troisième mandat.  Ensuite, tu modifies la constitution en changeant le dauphin constitutionnel.

Alassane Ouattara : comment ça ?

Alpha Condé : parce que tu ouvres une guerre de succession avant la lettre. Aujourd’hui, chacun voudra se positionner. C’est ce qui explique toutes ces crises à répétition.

Alassane Ouattara : et toi, sincèrement, vas-tu briguer un troisième mandat ou pas ?

Alpha Condé : je ne commenterai pas cette question

Alassane Ouattara : c’est entre nous, je n’en parlerais à personne

Alpha Condé : je me déciderai au moment opportun

Alassane Ouattara : c’est maintenant qu’il faut le faire à mon avis

Alpha Condé : je ne veux pas te refuser quelque chose, mais ça, je suis désolé

Alassane Ouattara : il ne restera en Afrique de l’Ouest que deux partisans de troisième mandat

Alpha Condé : qui est le second ?

Alassane Ouattara : Faure Gnassingbé !

Alpha Condé : la dernière fois, j’ai dit les quatre vérités à Faure.

Alassane Ouattara : quels sont tes conseils pour lui ?

Alpha Condé : je lui ai dit de mettre fin aux séries de manifestations au Togo ?

Alassane Ouattara : qu’avait-il répondu ?

Alpha Condé : il a dit que l’opposition ne contrôle qu’un quartier de la banlieue de Lomé.

Alassane Ouattara : c’est peut-être vrai, mais les images que j’ai vues sur France 24 sont inquiétantes.

Alpha Condé : je lui ai dit que je ne veux plus voir les images des femmes nues dans les rues de Lomé

Alassane Ouattara : pourquoi lui dire ça ?

Alpha Condé : je ne veux pas la contagion ?

Alassane Ouattara : Lomé est loin de Conakry

Alpha Condé : si Dalein voit ça, il est capable de refaire ça en Guinée

Alassane Ouattara : Dalein ne fera jamais cela, il est courtois

Alpha Condé : le problème n’est pas Dalein mais ces « Bilakoro » de la Route Le Prince.

Alassane Ouattara : il faut leur donner de l’argent, ils changeront de méthode

Alpha Condé : même si tu leur donnes le paradis, ils ne changeront pas

Alassane Ouattara : dis- moi, et Macron, il t’appelle ?

Alpha Condé : pas d’appel, ni d’invitation

Alassane Ouattara : y a-t-il un problème entre vous ?

Alpha Condé : à ma connaissance non, pendant la campagne électorale, j’ai été le voir à Paris

Alassane Ouattara : il doit y avoir un problème sinon moi, on s’appelle régulièrement

Alpha Condé : depuis son arrivée, il ne m’a jamais invité à l’Élysée. Il organise des conférences en Afrique de l’Ouest sur le terrorisme et l’immigration sans me faire signe.

Alassane Ouattara : pourtant, tu es le président en exercice de l’Union africaine, ne serait-ce que ça.

Alpha Condé : je suis passé deux fois à Paris. J’ai tout fait pour le voir, impossible

Alassane Ouattara : ils vont te programmer, sois patient

Alpha Condé : la dernière fois, c’est Dalein, que le monsieur Afrique de l’Élysée a reçu. Juste pour me narguer mais je sais ce que je dois faire

Alassane Ouattara : que vas-tu faire ?

Alpha Condé : je veux couper les 500 millions que j’alloue par mois à Dalein

Alassane Ouattara : ce n’est pas la solution

Alpha Condé : c’est quoi la solution ?

Alassane Ouattara : appelle la presse pour dire publiquement que tu ne feras pas un troisième mandat.

Alpha Condé : Alassane, il faut rentrer dès maintenant

Alassane Ouattara : mais c’est toi, qui disais de prolonger mon séjour non ?

Alpha Condé : j’ai des céphalées et je veux être seul

Alassane Ouattara : je te souhaite prompt rétablissement

Alpha Condé : porte toi bien, salue Dominique de ma part

Alassane Ouattara : au revoir, Alpha, à très bientôt

Note de l’auteur : Seuls les personnages sont vrais (Photos crédit). L’entretien est pure fiction et les propos n’engagent nullement leur auteur. Nous osons croire que les lecteurs comprendront le sens de notre inspiration et les autorités nous épargnerons des poursuites judiciaires.