Chronique-fiction : Alpha Condé et le comédien Mamadou Thug en apartés

20 octobre 2017 5:05:10
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Votre quotidien électronique Guinéenews© continue à plonger ses lecteurs dans le thriller de la politique- fiction. Après le précédent entretien avec son prédécesseur, Lansana Conté, par la magie de Facebook, le président Alpha Condé, a interrompu son voyage pour la Turquie et le Togo, le temps pour lui de recevoir un hôte, aussi drôle et provocateur. Il s’agit de « Mamadou Thug, ça c’est moi ça ». Une causerie drôle entre un chef et un comédien. Ils parlent de tout et de rien.

……..

Ce mercredi, plusieurs véhicules rutilants sont garés en rang dans la cour du palais Sékoutoureya. Dans sous peu, le président de la république va sortir pour l’aéroport de Conakry- Gbessia. Là, il va s’envoler pour la Turquie d’abord et le Togo.

Cependant, au portail du palais, Mamadou Thug, habillé en kimono, est aux prises avec les bérets rouges de la garde présidentielle. En effet, le comédien veut vaille que vaille sauter le mur et rentrer dans la grande cour du palais. Il fait des démonstrations des cours d’arts martiaux.

Mais il est aussitôt stoppé dans ses gestes par les soldats. Plus grave, il est mis aux arrêts. En réaction, l’hôte met ses bras sur la tête, comme un gosse dont la mère est revenue du marché sans lui envoyer des bonbons. Il se met à chanter à tue-tête: « Alpha Condé Yalti Gollè ! », « Mamadi Youla Yalti Gollè ! ». C’est la chanson qui l’a rendue célèbre. Traduction. « Alpha Condé est démis ». « Mamadi Youla est démis de ses fonctions ». Panique totale.

Malheureusement, dans les parages, personne ne comprend cette chanson. Tout à coup, un soldat furieux arrive, prend l’hôte par sa ceinture, le soulève. Celui-ci marche désormais sur la pointe des pieds. Après quinze mètres, il jette le visiteur à terre. Mamadou Thug se roule à terre comme un verre. Il pleure, chante et crie à l’affront.

Le patron, qui suivait la scène depuis les persiennes de sa fenêtre, intime à sa garde, avec un ton ferme et menaçant, de laisser l’hôte tranquille. Libéré, Mamadou Thug se met à danser. Sur ce, il sort un décret de sa poche. « Vous êtes tous limogés, tant que vous êtes. Je vais vous montrer de quel bois je me réchauffe »,lit-il. En une minute, il a franchi les escaliers. Et le voilà devant Alpha Condé.

Alpha Condé : vous êtes qui, vous ?

Mamadou Thug : ne m’insulte pas hein, ne m’énerve pas hein. Je viens chez toi, au lieu de me donner du jus, tu es là en train de me harceler avec des questions. D’ailleurs, où est ce que Djenné a préparé ?

Alpha Condé : Djenné, c’est quand même, la première dame de la république. Un peu de respect pour elle

Mamadou Thug : Djenné un, Djenné deux, Djenné trois. Djenné quatre. J’ai parlé

Alpha Condé : est-ce que ça va dans ta tête, toi ?

Mamadou Thug : Alpha Condé, laisse-moi nani ! Où est ton frigo, je veux un rafraîchissant

Alpha Condé : dis-moi, qui es-tu d’abord, je vais te donner la clé de mon frigo

Mamadou Thug : jamais, je ne te dirais mon nom, il faut taper Mamadou Thug sur Google, tu verras mon nom.

Alpha Condé : je n’ai pas des crédits, je viens de demander à Mamy Diaby de me faire un transfert

Mamadou Thug : toi, président de la république, tu n’as pas de crédits ? Cesse de te moquer de nous!

Alpha Condé : je te dis la vérité mais dis-moi d’abord, qui es-tu, toi ?

Mamadou Thug : je te pardonnerai, tout sauf ça ! Tu me connais, toi ? Ne dis pas ça deux fois.

Alpha Condé : qu’est-ce que je t’ai fait du mal ?

Mamadou Thug : toi, tu peux me dire, que tu ne me connais pas ?

Alpha Condé : sérieusement, je ne te connais pas. Je suis désolé, mais c’est la vérité.

Mamadou Thug : Alpha Condé, ne répète pas ça deux fois. Sinon, tu vas m’énerver

Alpha Condé : prends une bonne position, tu es à la présidence, toi aussi.

Mamadou Thug : je m’asseois comme je veux pignan ! Gare à toi de dire que tu ne me connais pas.

Alpha Condé : Je suis là, il y a juste sept ans. Je ne peux pas retenir le nom de tous les douze millions de guinéens, surtout que je te vois la première fois.

Mamadou Thug : tu ne me reconnais pas parce que je ne suis pas un investisseur ?

Alpha Condé : cela n’a rien à voir mais je ne te connaissais pas dans le passé

Mamadou Thug : tu ne me reconnais pas parce que je ne caillasse pas ton cortège à Coza ?

Alpha Condé : une fois encore, cela n’a rien à voir, dis-je !

Mamadou Thug : Est-ce que je suis Somalien, moi ?

Alpha Condé : tu ne ressembles pas à un Somalien

Mamadou Thug : Suis-je un éthiopien ?

Alpha Condé : ta tête ne ressemble pas à celle d’un éthiopien !

Mamadou Thug : on t’a dit que je suis un terroriste affilié à Boko Harama ?

Alpha Condé : tu es trop gai pour être un terroriste

Mamadou Thug : on t’a dit que je suis contre ton troisième mandat ?

Alpha Condé : je n’ai pas eu ces échos

Mamadou Thug : alors, pourquoi toi, tu ne me connais pas ?

Alpha Condé : dis-moi ton nom, j’ai hâte de faire ta connaissance

Mamadou Thug : pourquoi parmi les douze millions de guinéens, c’est moi seulement que tu ne connais pas

Alpha Condé : toutes mes excuses, s’il te plait pas, ne pleure pas

Mamadou Thug : (il se met à pleurer à tue-tête comme s’il avait appris la date de la fin du monde)

Alpha Condé : (le président se dirige vers Mamadou Thug pour le consoler)

Mamadou Thug (il rit aux éclats) : je t’invite à faire des selfies avec moi, et tu envoies les photos à Bantama Sow, à Moustapha Naité, à Damantang, à Gassama, ils te diront qui je suis.

Alpha Condé : tout ça, c’est trop long. Dis-moi, s’il te plaît, qui es-tu ? On va gagner en temps. Toutes les institutions m’attendent à l’aéroport. Mais si ce n’est pas urgent, tu attends mon retour. Comme ça, on va parler, à tête reposée.

Mamadou Thug : envoie notre Selfie à Bantama Sow. Dis-lui de te dire qui je suis.

Alpha Condé : heureusement, pour toi, il est en ligne

Aussitôt dit, aussitôt fait. Après deux essais, Alpha Condé réussit à joindre le ministre Bantama Sow. Dès que celui-ci a décroché, le président a passé l’appareil à l’hôte. « Mamadou Thug, ça, c’est moi ça, à l’appareil. Dis à ton patron qui suis-je ? ».

Mamadou Thug repasse le téléphone à Alpha Condé. Après deux minutes de conversation, Alpha Condé est édifié sur l’identité de son hôte. La conversation reprend.

Alpha Condé : ah, c’est toi, Mamadou Thug ?

Mamadou Thug : c’est moi, Mamadou Thug, ça, c’est moi ça

Alpha Condé : je te présente mes excuses pour tous les désagréments que tu as subis au portail tout à l’heure. Mais tu ne ressembles pas au « Thug » américain

Mamadou Thug : veux-tu insinuer que je suis un faux « Thug » ?

Alpha Condé : tu ne vas pas écraser ton piment dans ma bouche !

Mamadou Thug : toi aussi, on t’appelle partout professeur, es-tu professeur, toi ?

Alpha Condé : oui, je suis professeur

Mamadou Thug : de quelle université ?

Alpha Condé : oublie-ça, allons droit au but et dis que me vaut l’honneur de ta visite ?

Mamadou Thug : je viens pour te dire que je ne suis pas content de toi

Alpha Condé : mais pourquoi ?

Mamadou Thug : tu n’as aucune considération pour la culture

Alpha Condé : tu me fais un mauvais procès d’intention

Mamadou Thug : c’est-à-dire, je t’explique

Alpha Condé : mais je veux des explications convaincantes

Mamadou Thug : tu as reçu Cellou Dalein Diallo, est-ce qu’ils l’ont brutalisé au portail ?

Alpha Condé : non ?

Mamadou Thug : Cellou Dalein Diallo s’est permis de venir jusqu’ici avec ses enfants jeteurs de cailloux. Ils ont crié « Cellou président » devant le portail jusqu’à votre sortie. Mais jamais, un béret rouge n’avait brutalisé un gosse. Pourquoi, moi ?

Alpha Condé : je te présente mes excuses et je te promets des sanctions

Mamadou Thug : tu as reçu Sidya Touré, est-ce qu’ils l’ont malmené au portail ?

Alpha Condé : non mais, il faut pardonner, toi aussi.

Mamadou Thug : tu as reçu Lansana Kouyaté, est-ce qu’ils l’ont bloqué au portail ?

Alpha Condé : je te promets que ce sera la première fois et la dernière fois.

Mamadou Thug : quand ils m’ont brutalisé tout à l’heure, comme ils l’ont fait, est-ce que je ressemble à un voleur de mallette ? Est-ce moi, qui ai volé tes devises ?

Alpha Condé : tu n’es pas un voleur de mallette mais tu as voulu escalader le mur ?

Mamadou Thug : est-ce moi, qui ai commencé le premier à escalader les murs en Guinée ?

Alpha Condé : je pense que l‘historien Djibril Tamsir Niane est mieux placé

Mamadou Thug : mais pourquoi Le Lynx t’appelle « Alpha Le Grimpeur » ?

Alpha Condé : c’est Lansana Kouyaté, qui a inventé cette histoire pour me dénigrer.

Mamadou Thug : pour ton information, chaque fois, quand je viendrai ici, je ne passerai pas par le grand portail. Au contraire, je grimperai le mur. Je préviens ta garde.

Alpha Condé : mais pourquoi ?

Mamadou Thug : parce que tous tes opposants passent par-là, quand tu les invites au palais. Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré, Lansana Kouyaté. Mouctar Diallo et autres.

Alpha Condé : mais tu n’es pas mon opposant à ce que je sache ?

Mamadou Thug : je ne suis pas ton opposant, c’est vrai, mais je refuse de passer par le portail où ils sont passés parce que je suis un comédien et eux, sont des politiciens.

Alpha Condé : c’est quoi la différence ?

Mamadou Thug : je l’ai appris de mon maître- penseur, Adama Dahico

Alpha Condé : il dit quoi, celui-là

Mamadou Thug : il a dit qu’il fait la politique parce que les politiciens font la comédie. Et moi, je dis, les politiciens font pleurer. Et nous les comédiens, nous faisons rire.

Alpha Condé : entièrement d’accord avec toi

Mamadou Thug : par contre, moi, je ne suis pas content de toi

Alpha Condé : mais pourquoi, Bon Sang de Bon Dieu

Mamadou Thug : tu n’as aucune considération pour la culture. La preuve, en 2013, ton premier ministre d’alors, dans sa présentation de politique générale à l’assemblée nationale, il avait cité tous les secteurs, sauf la culture.

Alpha Condé : tu le sais, plus que moi, Mohamed Saïd Fofana, c’était un imam. Tout le temps, il était avec son chapelet et son Coran comme Yaya Jammeh. C’est pourquoi, je l’ai remplacé.

Mamadou Thug : dans tous tes voyages, je te vois partir avec des ministres, des opérateurs économiques, des journalistes, des politiques, des députés, mais pas les artistes.

Alpha Condé : rectificatif, en 2011, j’avais voyagé avec Takana Zion et Aicha Koné au Brésil. Mais dès notre retour, Takana Zion s’était mis à mal parler de moi.

Mamadou Thug : voilà pourquoi, je dis que tu n’aimes pas la culture.

Alpha Condé : rectificatif, j’aime les artistes. Trois exemples. En 2011, lors du concert d’Alpha Blondy, j’avais acheté deux milliards de ticket pour la jeunesse.

Mamadou Thug : tu as fait ça pour enrichir ton homo et moi, je m’appelle Mamadou Thug. Donc, s’il te plaît. J’ai organisé deux festivals à Labé, sans aucun appui de l’Etat.

Alpha Condé : je n’étais pas au courant, sinon j’aurais fait quelque chose !

Mamadou Thug : je ne te demande pas de faire grand-chose, ta présence c’est mieux.

Alpha Condé : ce n’est pas tout. Au temps de Siaka Barry aussi, j’ai fait décaisser cent milliards de francs pour assurer la couverture maladie des artistes

Mamadou Thug : tout ça, je n’en disconviens pas. Mais c’est peu pour la culture

Alpha Condé : je suis entièrement d’accord mais, conviens avec moi, ce que j’ai fait pour vous en sept ans, aucun de mes opposants n’a fait le quart en 25 ans.

Mamadou Thug : tu as nommé Cellou Dalein Diallo, chef de file de l’opposition guinéenne. Mais est-ce, un artiste ? Les trois chansons qu’il connait danser sur le capot de sa voiture, c’est Binta Laly, « Gorko Soussay » de Lama Sidibé et « Cellou Lâmiké.

Alpha Condé : tu me tues de rire et Sidya Touré, mon haut représentant ?

Mamadou Thug : lui, il ne danse jamais, c’est un économiste, il passe tout le temps à calculer.

Alpha Condé : et Lansana Kouyaté ?

Mamadou Thug : Lansana Kouyaté sait bien danser mais quand le DJ met : « Touppou Sessé ».

Alpha Condé : et Papa Koly Kourouma

Mamadou Thug : Papa Koly, c’est un boucantier. Lui, il se sent à l’aise, quand le DJ met Bob Marley : « No Woman, No cry ». Il faut le voir danser avec son chapeau.

Alpha Condé : je meurs de rire, et Kassory Fofana ?

Mamadou Thug : Kassory, c’est un américain. Lui, il danse : « Tilamiti non, Tilamiti non ».

Alpha Condé : et Hadja Halimatou Dalein Diallo ?

Mamadou Thug : elle, quand elle danse, tous les jeteurs de cailloux de la route Le Prince forment un cercle à Bambéto. Après, elle se met à danser : « Tourou- Tourou ».

Alpha Condé : je suis plié en quatre, je meurs de rire. Et Ousmane Gaoual ?

Mamadou Thug : Ousmane Gaoual Diallo se sent à l’aise, quand le DJ met : « on casse casse, on casse tout ».

Alpha Condé : et Jean Marc Telliano ?

Mamadou Thug : Telliano est plus à l’aise avec une nouveauté musicale : « Vous criez Tablettes, Tablettes comme des cabris »

Alpha Condé : on arrête là, je ne prends pas les foutaises

Mamadou Thug : je vous présente mes excuses si je vous ai vexé

Alpha Condé : à mon retour, je souhaiterais te rencontrer

Mamadou Thug : je suis à l’écoute de votre appel. Bon voyage

Alpha Condé : merci, et bon retour chez toi

Mamadou Thug : merci, monsieur le président

Abdoulaye Bah, témoin de l’entretien, au palais Sékoutoureyah

Note de l’auteur : Seuls les personnages sont vrais (Photos crédit). L’entretien est pure fiction et les propos n’engagent nullement leur auteur. Nous osons croire que les lecteurs comprendront le sens de notre inspiration et nous épargnerons des poursuites judiciaires.