Célébration de la journée de l’enseignant : les échos dans le pays profond

06 octobre 2017 11:11:37
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La République de Guinée, à l’instar des autres pays du monde, a célébré le 5 octobre la journée internationale de l’enseignant. Comme à Conakry où la cérémonie a été célébrée au Palais du peuple sous la haute présidence du chef de l’Etat, en présence de tout le personnel du système éducatif de Conakry et amis de l’école, qui se sont donnés rendez-vous, à l’intérieur du pays, cette cérémonie a aussi mobilisé les autorités locales, le corps enseignant et les syndicats, selon nos correspondants déployés dans le pays profond.

A N’Zérékoré, c’est la salle polyvalente de l’Ecole Nationale d’Instituteurs (ENI) qui a servi de cadre à cette cérémonie.

Dans son allocution, Fassou Koulibaly du syndicat des enseignants a indiqué que l’automatisation constitue aujourd’hui un rêve pour les enseignants guinéens. « Comment parvenir à une autonomisation lorsque dans notre pays, les conditions de travail restent encore difficiles : manque d’infrastructures, vétusté de la plupart des écoles publiques, manque d’équipements, des écoles à effectifs pléthorique, manque de formation continue, insuffisance d’enseignants qualifiés et la non règlementation du secteur privé de l’éducation etc. tout cela marqué par un salaire insuffisant », a-t-il dénoncé.

Selon le syndicaliste, depuis 20 ans, les syndicats n’ont cessé de demander au gouvernement la revalorisation conséquente du traitement salarial des enseignants, car en ce 5 octobre, dit-il, tous les enseignants tiennent à la réalisation de cette revendication.

Poursuivant, il dira que les différents conflits, l’extrémisme, l’ingérence politique « mettent la vie des enseignants en danger et entravent également leur autonomie personnelle et leur liberté d’enseigner».

« Les mécanismes de responsabilité externe de même que le contrôle et l’imposition des méthodes de programme pédagogique scénarisés ne cessent de discréditer le salut de la fonction enseignant. Cette tendance négative doit être inversée. Le gouvernement et les employeurs ont le devoir de veiller à ce que les enseignants soient autonomisés, valorisés, honorés et respectés », a souligné Fassou Koulibaly, sous les acclamations nourries de ses pairs.

Il a par ailleurs insisté sur l’unité d’efforts au sein de la corporation pour faire pression, dit-il, sur le gouvernement afin de passer de 14 à 40% du budget national accordé au secteur de l’éducation, à l’instar des pays de la sous-région, pour « bâtir des sociétés durables et démocratiques. »

Pour sa part, le Gouverneur Lancei Condé a loué les efforts fournis par les enseignants qui, selon lui, méritent tout le respect. Il a par la suite demandé aux enseignants de garder patience car, dit-il, leurs revendications se trouvent déjà sur la table du gouvernement.

Dans la ville de Kindia, les enseignants se sont fortement mobilisés dans la salle de conférence de l’Ecole normale des instituteurs pour commémorer, dans une ambiance festive, cette journée.

« Cette journée est devenue une occasion de faire le point des réalisations et de réfléchir aux moyens de s’attaquer aux défis à relever par les enseignants», a déclaré Alpha Mamadou Ditinn Diallo, responsable de l’éducation.

Devant les autorités administratives de la place conviées à cet événement, la porte-parole des enseignants de Kindia est revenue sur quelques points de revendications : « l’inter syndicale de l’éducation (SLEG), au nom de tous les travailleurs et travailleuses de l’éducation, demande la construction de nouvelles salles de classes au niveau de l’enseignement primaire, secondaire et supérieur, la rénovation de certaines écoles publiques en état de vétusté, le payement en fin d’octobre, des primes de documentations de l’année scolaire 2017- 2018 , le maintien de la valeur monétaire du point d’indice à 1030 », a indiqué Keita Samoura Aissatou.

L’occasion a été aussi mise à profit par le corps professoral de rappeler que les défis sont grands pour la Guinée où ‘’beaucoup d’enfants manquent encore à l’appel de l’école et même nombreux sont ceux qui sont scolarisés, qui n’atteignent pas le seuil de l’université’’.

Selon l’institut des statistiques de l’UNESCO, le monde aura besoin de 69 millions d’enseignants pour parvenir à l’universalisation de l’enseignement primaire, secondaire en 2030.

A Kérouané, ils étaient nombreux les enseignants et élèves à rallier le stade préfectoral Sidiya Touré pour défiler devant le corps enseignant sous la présidence de Damou Kanté, préfet de ladite préfecture.

A cette occasion, Bassir Diallo, DPE (Directeur Préfectoral de l’éducation) a invité ses collègues enseignants à redoubler d’effort afin de produire de meilleurs résultats scolaires. Il a également souhaité l’amélioration graduelle des conditions de vie des enseignants et l’entrée en vigueur de leur statut particulier.

Pour Paul Kamano, enseignant de son état, « c’est la première fois depuis l’indépendance de notre pays qu’on consacre une journée spéciale à l’enseignant en célébrant cette journée ».

La cérémonie a été marquée par la lecture de poèmes par des élèves rendant hommage à l’enseignant et un match de gala organisé au stade de Kérouané.
A Telimélé, comme dans les autres villes, c’est la maison des jeunes qui a servi de cadre à cette grande mobilisation qui a regroupé autorités préfectorales et communales, cadres de la DPE, chefs d’établissements, élèves et parents d’élèves et autres partenaires de l’école.

« Le 5 octobre 1966, s’est tenue à Paris la conférence internationale au cours de laquelle fut adoptée la convention relative aux conditions de l’enseignant par tous les pays du monde. C’est ainsi que cette date a été retenue comme fête internationale de l’enseignant», a rappelé d’entrée Mariam Diallo, Directrice préfectorale de l’éducation.

Elle est ensuite revenu sur les difficultés que traverse l’enseignant guinéen et leurs causes: l’inflation galopante, l’insécurité, le bas salaire, et l’efficacité de la protection civile, entre autres.

Pour leur part, parents d’élèves et responsables des collectivités n’ont pas tari d’éloges à l’endroit de l’enseignant tout en émettant le souhait de voir leurs conditions de travail s’améliorer.

Comme à Kérouané, à Telimélé, la cérémonie a pris fin par la lecture de poèmes suivie d’un match de football qui a opposé les enseignants du primaire à ceux du secondaire au stade préfectoral.

Dans la ville de Siguiri, c’est le centre culturel des communicateurs traditionnels qui a servi de cadre aux festivités.
Tout a commencé par une prestation des artistes et des poèmes rendant hommage à l’enseignant.

« Je suis vraiment content de cette journée qui, une fois de plus, nous donne l’occasion de montrer au monde entier le travail ardu que joue les enseignants dans l’avenir de nos enfants « , a rappelé Ibrahima Fily Diop, coordinateur préfectoral de l’association des parents d’élèves et amis de l’école de Siguiri.

De son côté, Mamadi Sidibé, représentant du préfet à cette cérémonie, a réitéré les mêmes sentiments de reconnaissance envers le corps enseignant. « Le rôle d’un enseignant est primordial dans le développement d’une nation, raison pour laquelle les pays développés ont priorisé l’éducation pour une bonne formation », a-t-il souligné.

Ensuite, ce fut le tour du premier responsable de l’éducation de Siguiri. « Sans les enseignants, l’éducation n’ira pas de l’avant. Enseigner, c’est aider un enfant à aller vers un avenir meilleur. Donc, nous nous réjouissons en ce jour solennel pour montrer que les enseignants sont les piliers de l’éducation », à réitéré Mamadi Doudou Camara.

Les festivités se sont achevées par une conférence-débat animée par Mamadou Touré, proviseur du lycée Roi Hassan 2, suivie d’un match de football entre les enseignants et les menuisiers.

Une synthèse de Fidel Momou