dimanche, 26 mars 2017, 17:02 GMT

La page animée Issa Hayatou est tournée. Elle ne sera pas aussi macrobienne que celle de Paul Biya. Hormis l’image d’un homme ancrée pour longtemps encore dans les mémoires de cette génération de jeunes qui voit en lui un sympathique et chaleureux gai luron dans ses relations humaines personnelles pas toutes intéressées, à en juger par les hommages de certains présidents de fédération subjugués qui n’auraient jamais osé porter la contradiction à Issa Hayatou jusqu’à la fin et on aimerait entendre Kabelè Camara sur le sujet, si on le sait particulièrement ami à la Guinée et singulièrement décrié au Togo et on ne sait pas tout.

Quant à ses réussites pendant les 28 ou 29 années d’exercice, on en voit peu par rapport aux désastres nés sous sa présidence : le passage de 2 à 5 équipes africaines à la Coupe du monde n’est pas un mérite en tant que tel, vu que le nombre de participants aux phases finales avait doublé de 16 à 32 et que la CAF comptait plus de 50 fédérations à l’époque. C’était tout normal et naturel de passer du simple au double. Quant aux différentes compétitions de filles, juniors et cadets, la CAF était en retard par rapport aux autres, il fallait tout simplement les rattraper. 

Hormis ces quiproquos, tout le reste est à revoir et à refaire. Et c’est là que la tâche d’Ahmad Ahmad consistera à ne pas avoir des scrupules et aller du dos de la cuillère, mais du creux. Quelques propositions :

  1. Il est nécessaire de creuser profondément dans la baisse des droits de retransmission TV des matches de la CAF, ils sont exorbitants pour les Etats qui croulent sous la charge de financer pour la participation aux compétitions, des préliminaires aux phases finales des seniors, des juniors, des cadets et des filles, c’est déjà un peu trop. Sans parler des primes et autres dans un contexte économique difficile, c’est hors de portée. Dans ces conditions, les préparations sont toujours bâclées et certains gouvernements préfèreraient que leurs représentants soient éliminés dès l’entame que d’aller loin. Il y a des exemples à des niveaux plus bas où l’on préfère éliminer les sportifs de qualité et de talent pour des « fignoleurs ». 
  2. Il est nécessaire de modifier les calendriers des rencontres éliminatoires pour ne pas que les mêmes équipes se rencontrent éternellement et pour permettre aux différents publics de voir les autres équipes du continent à domicile, en dehors des phases finales.

 Comme exemple patent, la Guinée est épinglée dans le groupe de l’Afrique australe (Burundi, Zimbabwe, Botswana, Rwanda…) depuis plus de trois décennies, exactement comme la France et l’Allemagne qui sont dans des groupes avec de petits pays, qui subissent et ne se qualifieront jamais. A chaque compétition, les publics revoient les mêmes équipes.

 Infantino et Ahmad doivent revoir cette répartition qui ressemble à une fatalité du calendrier. Doit-on continuer à considérer toujours les favoris comme les têtes de chapeau dans les compétitions ? Pour que les choses soient justes, le leitmotiv d’Ahmad et d’Infantino, il faudrait que toutes les équipes partent sur le même pied déterminé par le tirage au sort, quitte à faire rencontrer l’Allemagne, le Brésil, l’Espagne, l’Italie, la France et autres dans les éliminatoires. Sans cela, ne parlons pas de développement homogène du football, les petites équipes n’émergeront jamais. Ce sont les grandes équipes qui se rencontreront toujours en finale avec des calculs tactiques ennuyants.

 Quand on regarde la coupe de France, des équipes de divisions inférieures arrivent parfois à éliminer des équipes dites favorites. Leicester d’Angleterre tient son nouveau rang de façon admirable… 

  1. Il est nécessaire de revoir les règlements et les rapports CAF-UEFA-FIFA sur les transferts des joueurs et les naturalisations sauvages des jeunes talents, du refus des clubs européens de libérer ou de mettre la pression sur les joueurs africains de répondre à l’appel de leur fédération.  Il est injuste que le football des pays riches aspire tous les talents des pays pauvres. Le football du nord a pillé suffisamment celui du sud. Au niveau des clubs africains, le foot n’est pas attrayant, pas de sponsors, peu de spectateurs. Il faut empêcher cela au niveau des nations. La traite des Noirs est terminée, gagner avec les talents des autres c’est usurper la victoire, une triche sans scrupule, immorale et amorale. Les immigrants clandestins sont rapatriés de force… 

Actuellement en Suisse, on ne peut devenir suisse de parents immigrants, même étant né en Suisse. Les législations commencent à durcir dans ce sens, le football doit se moduler en fonction. Sans cela, l’Afrique ne gagnera jamais une coupe du monde, et on parle de justice et d’équité.

  1. Il est nécessaire de lever l’immunité et l’impunité des fédérations prévaricatrices et concussionnaires pour ne pas leur permettre de faire n’importe quoi. On a vu l’humiliation des Camerounais, des Nigérians, des Ghanéens à la Coupe du monde où les fédérations refusent de payer à temps ou tergiversent sur les primes, des joueurs qui refusent de s’entraîner pour attirer le maximum de ridicule sur le continent. Ces scènes se répercutent sur les performances des équipes en compétitions et sapent les morales. Et quand les Etats veulent punir les responsables indélicats des fédérations, la FIFA bondit de son coin pour sévir contre ces Etats.

 Et comme la FIFA ne peut faire comme elle veut dans des Etats souverains, une nouvelle législation médiane doit être envisagée. 

La Guinée a connu un cas en 2002, voilà le Mali sur la sellette.

Si Ahmad Ahmad veut révolutionner la CAF, voilà du pain sur sa planche.

 

 

Moise Sidibé