lundi, 27 février 2017, 22:57 GMT

Dans cette interview qu’il a accordée à Guinéenews cette semaine, Dr Deen Touré, président du groupe parlementaire alliance républicaine dont l’Union des Forces Républicaines (UFR) est la tête de pont, passe au peigne fin la loi de finances 2017 qui vient d’être adoptée par le parlement ; les problèmes liés à l’exploitation des mines de Boké, le projet de nouveau code électoral et les prochaines élections communales et locales. Lisez plutôt.

 

Guinéenews : en tant que président du groupe parlementaire de l’Alliance républicaine, qu’est-ce qu’on peut globalement retenir de cette loi de finances initiale 2017 qui vient d’être adoptée par l’Assemblée nationale ?

 

Dr Deen Touré : c’est vrai que nous venons de voter la loi de finances initiale 2017. C’est un travail qui a été très intense parce qu’on a comprimé un peu le temps puisqu’il y avait des exigences d’examen d’autres lois qui ne sont pas relatives au budget mais, qui sont aussi importantes pour le pays. Donc, nous avons fait le volet recettes, nous avons fait le volet dépenses et nous avons eu des débats sur la globalité.

 

Au plan des recettes, un peu différemment des autres années, les parlementaires ont contribué à l’amélioration du budget. Nous avons travaillé avec les services de recettes de l’Etat, en particulier les établissements publics : commercial, industriel ou administratif. A travers un débat interactif qui a eu lieu entre nous et les services de l’exécutif, nous avons pu remonter les recettes à plus de 436 milliards GNF en plus. Ce qui a permis de donner un meilleur tonus au budget dans ce domaine. Et vous savez, pour parler de dépense, il faut avant tout les recettes. Nous avons aussi fait des propositions en termes administratif. Nous avons proposé que la loi sur la gouvernance financière soit adoptée. Elle l’a été dans le but d’améliorer la gestion et la diversification des recettes en Guinée. On en a également besoin.

 

Nous sommes passés sur le volet des dépenses pour dire que dans un budget, on a juste un montant que nous avons au niveau des recettes et l’investissement d’un budget ne concerne pas la satisfaction des besoins, ça concerne la satisfaction des priorités. Et vous savez en Guinée, pour nous aujourd’hui tout est prioritaire. Donc il faut financer la priorité des priorités. Dans cet esprit, nous avons constaté que le budget, cette fois-ci, n’a pas réalisé les contraintes budgétaires qu’il fallait faire pour permettre de connaitre les besoins des départements et de ces besoins, dégager des priorités. Le travail sur le budget n’a pas permis de réaliser au sein du parlement ce que l’on a appelé débat d’orientation budgétaire qui est une prescription de la loi organique concernant la loi de finances. Ces débats n’ont pas eu lieu non plus. C’est déplorable. Nous l’avons fortement recommandé et j’espère que ça ira mieux l’année prochaine. Mais les débats qui ont eu lieu au parlement pendant l’étude du budget au niveau de l’inter commission ont bien pu suppléer à la carence des conférences budgétaires et de l’absence de débat d’orientation budgétaire. C’est pour cela que nous avons recommandé sérieusement à l’exécutif de mettre ensemble les efforts pour qu’en 2017, nous puissions obtenir un véritable respect normatif du cycle budgétaire en Guinée. Cela est très important parce que sans respect normatif, le budget va être un budget boiteux. Donc nous avons appelé à voter en faveur ce budget dans sa globalité pour les raisons suivantes : premièrement, nous savons que c’est très important de doter notre état d’un budget. Je l’ai dit dans toutes les explications. C’est si important que si on ne parvenait pas en tant députés à le faire, le législateur a prévu un mécanisme de dotation de l’Etat d’un budget. Quitte à revenir aux méthodes orthodoxes après.

 

Deuxièmement, nous avons contribué à l’élaboration du budget. Nous l’avons qualifié, nous l’avons mis sur la réalité budgétaire qui a été identifiée par nous, en particulier au niveau des recettes. Nous avons aussi contribué à donner d’une certaine manière, une certaine qualité aux dépenses. Tout cela a amené le groupe parlementaire alliance républicaine à voter favorablement au budget dans le but de faire marcher notre Etat. Mais aussi, nous avons insisté que les contrôles qu’il faut là-dessus, et qui sont donc prescrits par la loi organique relative aux lois de finances, seront exercés plus méthodiquement. C’est prescrit que chaque trimestre, les parlementaires soient mis au courant de l’exécution du budget qu’ils ont voté et remis à l’exécutif.

 

Aussi, dans cette session budgétaire, comme il y a toujours eu des remarques et des observations sur le plan social et structurel dans le pays, nous avons recommandé que notre gouvernement s’occupe de plus en plus de la dette intérieure. Nous avons voulu que l’on soit plus attentif aux questions sociales, en particulier les questions environnementales de Boké aujourd’hui.

 

Guinéenews : justement, quels sont les problèmes rencontrés aujourd’hui au niveau de l’exploitation minière à Boké ?

 

Dr Deen Touré : il y a une exploitation minière où les populations parlent des problèmes auxquels elles sont confrontées. Et nous, nous avons l’obligation de les écouter et de transmettre leurs préoccupations à qui de droit. C’est dans cet esprit que notre groupe parlementaire a demandé à ce qu’on crée au niveau du parlement une mission parlementaire d’information sur les nuisances environnementales qu’il y a à Boké aujourd’hui. Cette mission d’information, comme son nom l’indique, pourra recueillir des éléments d’information, mettre les parlementaires au courant de ce qui se passe sur le terrain. Et le parlement mettra finalement ces informations à la disposition de l’exécutif pour qu’on améliore la vie de nos compatriotes à Boké, en particulier dans la ville où plusieurs camions sont en train de circuler aujourd’hui et soulèvent énormément de poussière exposant ainsi la population à des risques de maladies respiratoires.

 

Nous avons aussi demandé à l’Assemblée nationale qu’on mette en place une mission d’information parlementaire sur la plaine côtière de Lambanyi. Parce qu’une plaine rizicole au départ qui était utilisée par les habitants, vient d’être transformée en lieu de construction de bâtiments. Il y a eu une session au cours de laquelle, nous avons été saisis par plusieurs courriers. Certains ont écrit directement au président de l’assemblée nationale, d’autres groupes ont écrit directement au Président de la République, d’autres encore ont écrit à des groupes parlementaires dont le nôtre. Nous avons eu ces courriers tantôt pat saisine directe ou par voie d’ampliation. C’est notre devoir en tant que députés, de relayer ces préoccupations. Nous voulons une mission d’information sur ce sujet pour savoir ce qui s’est réellement passé-là. Les gens qui avaient une propriété coutumière des lieux sont maintenant en train d’être dessaisis contre quelle valeur ! Nous ne savons pas. Selon les courriers que nous recevons, il a été dit que des sommes dérisoires ont été proposées à des gens pour un mètre carré. Une somme dérisoire, je dis bien, pour un lieu comme Lambanyi où on sait ce que coûte le mètre carré, où on sait ce que ces plaines procuraient à ces gens-là, c’était leur lieu pour cultiver et nourrir leurs familles, pour subsister dans la zone. Quand ils doivent le céder, je pense qu’ils méritent l’assistance et attention de l’Etat pour que ça se fasse dans une certaine norme, dans un certain ordre. Et pour que tout cela soit vu et connu de nous, nous avons demandé la mission parlementaire sur ce sujet. J’espère qu’on va l’obtenir. Vous savez très bien que les missions d’information s’obtiennent par voie de résolution. Nous allons donc proposer une résolution à l’assemblée en temps opportun, les députés vont faire un vote dessus. Si c’est acquis, une mission parlementaire va se rendre sur le terrain. On va par la suite rassembler les informations. Quand tout cela est acquis, une mission sera constituée par la procédure parlementaire et nous allons rassembler les informations pour un souci de bien-être et pour la bonne conduite des affaires dans notre pays, aussi bien au plan économique que social.

 

Guinéenews : sur le plan politique, il était question de l’adoption du nouveau code électoral par le parlement. Qu’en est-il ?

 

Dr Deen Touré : sur le plan politique, nous avons salué la tenue prochaine des élections locales et on a déjà programmé l’examen du code électoral qui a été proposé par l’exécutif dans un cadre de projet d’amendement du code qui existait déjà, dans le but d’abord de le toiletter parce qu’il était prévu dès après les élections. Je crois que les accords de 2015 avaient prévu qu’on revoit le code électoral. Et plus ce que l’on veut ajouter maintenant, à travers le dernier dialogue que j’appelle dialogue exclusif. Il était inclusif en 2015 et il est devenu exclusif en 2016.

 

Guinéenews : et pourquoi ?

 

Dr Deen Touré : vous vivez la chose, ce sont les résultats de ce dialogue qui sont contestées par la majorité de la population guinéenne et aussi par beaucoup d’autres partis, comme l’UFR en des points importants comme celui concernant le mode de désignation des quartiers et des districts. Cela est très important.  Nous à l’UFR, en tant que parti politique et même en tant que députés UFR, nous voulons que la gouvernance citoyenne reste maintenue au niveau des quartiers et des districts, qui constituent pour nous la base de la nation guinéenne, pas seulement de la république, mais de la nation entière. C’est là où la paix règne entre les familles malgré la présence des partis politiques. C’est un constat. Si maintenant à ce niveau, on veut introduire les partis politiques dans leur administration, peut-être que la nation peut être ébranlée. Parce que si un chef de quartier est nommé par un parti politique, je crois qu’il se souciera plus de ceux qui l’ont nommé que de la population qu’il doit satisfaire.

 

Guinéenews : autrement dit l’UFR ne se reconnaît pas dans les derniers accords politiques…

 

Dr Deen Touré : non, non ! L’UFR a participé à ces accords au départ. Mais nous avons bien dit quand on a parlé de ces modes de désignations, que la meilleure façon de biaiser les élections communales, c’est d’inclure un dispositif pareil qui dit que les gens vont être nommés au quartier au prorata. Ce n’est pas possible, on ne s’est jamais reconnus dans ça. Sans compter qu’on n’a même pas signé ces accords. Donc là, le débat aura lieu au parlement. Bien entendu l’UFR n’est pas d’accord avec ce mode. Parce que ce n’est pas conforme à la constitution, parce que c’est un recul démocratique, parce que c’est une façon de priver les populations de leur gouvernance citoyenne dont elles ont besoin pour travailler et pour développer de façon endogène leur localité. Le plan de développement d’un quartier ou d’un district, c’est un plan endogène, ça ne doit pas tenir compte de partis politiques. Et je vous dis ensuite, si les quartiers et districts sont des circonscriptions déconcentrées, on ne comprendrait pas comment un parti politique ou un individu qui a présenté une liste va y nommer des gens. Si les quartiers et les districts sont des sections, des collectivités, on ne comprendrait pas pourquoi on ne peut pas mettre les responsables par voie d’élection directe et secrète telle que recommandée par la constitution. Cet événement d’élection est possible parce qu’on a toujours fait les élections dans les quartiers où se trouve tout le monde. Là pour nous, c’est tout à fait clair. L’étude de ce dossier a déjà commencé. Vous suivrez en tant que journaliste. Il y a le parlement, il y a aussi le texte fondateur de ce parlement, c’est la Constitution. Ce qui n’est pas conforme à cette constitution, même s’il y a une majorité de 80%, ça sera rejeté purement et simplement. C’est pour cela nous pensons que nous avons parfaitement raison de prendre cette attitude. Et l’UFR dans les jours à venir le fera savoir.

 

Guinéenews : il y a des informations faisant état de la possibilité pour la CENI de reporter les élections communales et locales pour insuffisance de moyens financiers dont elle dispose, mais aussi pour des questions d’ordre juridique. Qu’en dites-vous ?

 

Dr Deen Touré : d’abord en tant que parlementaire, il y a des problèmes juridiques qui ne sont pas réglés. Tant que cela n’est pas réglé, la CENI ne peut pas se prononcer sur la date des élections.

 

Guinéenews : lesquels ?

 

Dr Deen Touré : comme la question de la loi, le code électoral, le code des collectivités… constitue une chose qui va être réglée disons d’ici le 4 janvier 2017. C’est après cela que la CENI et l’exécutif vont se saisir du dossier des élections en termes de date. Nous disons simplement que nous saluons la tenue prochaine des élections communales. Mais la date, l’accord exclusif a dit une date, nous ne sommes pas tenus par cette date. Nous sommes quand même tenus par la révision de ce code parce que c’était programmé depuis le dialogue 2015. Nous sommes nous mêmes convaincus qu’il y a des choses importantes à revoir là-dedans, à part ce point anticonstitutionnel que l’on veut apporter par la volonté de quelques uns.

 

Interview réalisée par Guilana Fidel Mômou

 

Conakry, Guinée, Tél : 224-655-22-22-39

Guilana Fidel Momou