mercredi, 29 mars 2017, 01:30 GMT

Les coups d’Etat, les grandes coalitions politiques et les victoires rebelles ont cela de commun que la stabilité n’existera jamais de façon pérenne. L’économie, quelles que soient les potentialités et les promesses d’épanouissement, se trouvera à chaque étape stoppée par des revendications des fractions qui n’y trouveront pas leur compte à satisfaction. Une sorte de vis sans fin.

 

Les Guinéens en ont fait déjà quatre fois l’amère expérience, autant dire depuis l’indépendance et ce n’est pas encore demain la fin. En effet, la grande coalition nationale a voté pour l’indépendance le 28 septembre 58, mais ce qui s’est par la suite passé dans la gestion, dans les orientations n’ont pas été du goût de tout le monde. On accusera volontiers les bâtons mis dans les roues du PDG par la France comme les bâtons que Ebola à mis dans les roues du RPG-arc-en-ciel, mais ces obstacles pouvaient être franchis si l’entente et la quiétude sociale avaient existé réellement.

Les deux autres étapes de la militarisation du pouvoir du Comité militaire de redressement national (CMRN) et du Comité national pour la démocratie et le développement (CNDD) n’ont pas connu d’influences négatives extérieures notoires ou de la même ampleur mais, les guerres de leadership avaient battu leur plein. Le CMRN du 3 avril 84 avait été si épuré à cause des tentatives multiples de remise en cause de sa gestion par des revendications du partage du « gâteau politique » qu’à la fin, il ne restait qu’un noyau de fidèles, qui tenait fermement et mordicus l’os. Quant au CNDD, c’est le temps qui a départagé les fractions, parce que visiblement, le torchon brûlait entre le clan de Dadis et celui de Sékouba Konaté. Ç’aurait été l’incendie inévitable. La Guinée a eu une chance divine…

Et maintenant, c’est au tour du RPG Arc-en-ciel d’être chez le coiffeur. Comme le premier régime, ce grand ensemble très ou trop hétéroclite, cosmopolite et composite ne connait pas de répit, la tourmente est son lot. Toutes les projections de développement depuis 2010 ont été sabrées et sabotées par l’égoïsme politique. C’est de là qu’on peut se demander si Alpha Condé tient vraiment l’os ou ce sont les forces ténébreuses qui le guident. La question se pose, parce qu’on comprend difficilement comment l’on pourrait initier des programmes de noblesse historique et emprunter des chemins hantés de « coupeurs de route » pour stopper ou ralentir sa bonne marche. Rien que ce qui est déjà obtenu comme acquis, Alpha Condé est déjà entré dans le panthéon de l’histoire de la Guinée, s’il n’en rajoute davantage dans les blocages politiques.

Un dicton de la Basse-Guinée dit : «l’os que la chèvre découvre, le chien ne le trouvera jamais ». Cela est vérifié. Qui d’autre Guinéen aurait pu lever tous les fonds pour la réalisation de tout ce qui a été déjà fait, malgré tous les gaspillages et détournements flagrants égrenés avec précision par Cellou Dalein Diallo ?  Si aucun autre n’a pu, par leur manque de relation et de crédibilité internationale auprès des bailleurs de fonds, l’homme l’a pu, mais il risque de jeter le bébé avec l’eau du bain en voulant trop faire de la politique. Il doit éviter de faire comme les footballeurs qui ne pensent qu’à jouer pour le public et le spectacle au détriment du résultat de l’équipe. Qui peut lui expliquer cela ?

 Et si un autre jour, qui sait, ce serait au tour de la coalition de l’opposition républicaine sous la houlette de l’UFDG d’être au pouvoir…, la suggestion restera de mise.

Comme les Guinéens ne sont pas les seuls à être sur le plancher, la Côte d’Ivoire vient d’en faire une deuxième expérience et ce n’est probablement pas la dernière. La grande coalition militaire ivoirienne (avec, bien sûr, l’aide de la Communauté internationale) qui a eu raison de Laurent Gbagbo, n’est pas différente.

Il n’y a pas que le partage du gâteau politique qui ne fait pas plaisir à tout le monde. On parle de corruption et de favoritisme, on parle de cherté de vie. Les bidasses de la nouvelle armée de Côte d’Ivoire, en partie composée de rebelles à la gâchette facile et aux gains de rapts, trouvent que le partage est mal fait, en plus si les promesses perdurent dans leurs réalisations.

Alors qu’ils voient la hiérarchie s’engraisser de façon visible et arrogante, sans que leurs conditions ne changent, ils sont sortis pour faire peur à tout le monde. La facture pour satisfaire à toutes les revendications va être une ardoise salée. L’économie ivoirienne risque de prendre un coup de massue sur la tête. Mais est-ce que cela pourra continuer infiniment, maintenant que les militaires savent où plonger le doigt pour trouver la confiture ?

Certains ne s’empêchent de penser que le bruit de botte de ce week-end pour faire peur aux faucons, c’en est bien un, a été une manipulation et un coup-double en prévision d’un toilettage ou remaniement ministériel, qui, sans doute, mettra certains à la touche. A moins qu’on ne se trompe, des positions et des décisions seront reconsidérées.

Comme on le voit, la conséquence d’une victoire rebelle n’est autre que du vol stationnaire. ADO l’a bien compris et veut s’esbigner en 2020, mais encore, faut-il y parvenir…

Moise Sidibé