lundi, 27 février 2017, 20:25 GMT

On peut flouer toutes les classes sociales dans les négociations sauf les enseignants. Ce sont eux qui détiennent l’arme la plus redoutable. Les syndicats des enseignants ne doivent pas minimiser et brader leurs capacités à faire tout plier. Ils ne doivent pas se victimiser pour un rien en clabaudant sur les promesses non tenues ici et ailleurs depuis jadis et naguère. 

 

Dans le cas présent et spécifique, leur légitimité est indéniable. Les conditions de vie et de travail lamentables de l’enseignant sont connues. Seulement, dans la situation économique actuelle, il faudrait du tact. Demander et exiger le rétablissement de la situation de décembre dernier est normal et légitime mais, surenchérir et profiter d’une faille pour exiger une augmentation parce que le gouvernement a le dos au mur, n’est pas un jeu franc. Le prolongement de la grève réclamé à cor et à cri par les travailleurs est la preuve que les syndicats sont en perte de vitesse vis-à-vis des travailleurs par des soupçons de corruption, raison pour laquelle ils doivent, pour se faire revaloir, appuyer sur l’accélérateur au risque de casser le moteur comme à Fria. 

Les syndicats conscients et responsables ont les travailleurs comme arme fatale, en plus des millions d’élèves et étudiants. Quand on détient une telle bombe en main, on ne doit pas être vulgaire et pinailler sur des vétilles. Les examens de fin d’année sont une autre arme. Si le gouvernement a promis quoi que ce soit, il est tenu et obligé de se démultiplier et de serrer la ceinture pour les satisfaire avant juillet. 

Pourquoi avant juillet ? Pour deux raisons : d’abord, le mois de février est perdu, il faut le rattraper, pas en bâclant les programmes avec des cours intensifs, ce qui amènera jusqu’au mois de juillet.

Ensuite en juillet, il y aura le sommet de l’Union Africaine. Cela veut tout dire.

Si Alpha Condé a promis, il devrait rencontrer tous les travailleurs au Palais du peuple le plus urgemment possible et ne pas faire comme le général Lansana Conté quand il avait appelé les enseignants au Palais des Nations pour leur dire par orgueil qu’il leur donne 40% et par frime qu’ « il n’est pas venu pour éplucher les oignons avec eux ». L’émeute populaire qui a suivi la réunion à la Bourse du Travail le même jour a fait faire marche-arrière à toute vitesse : de l’huile de palme renversée sur du riz et des œufs cassés dans tous les marchés ont obligé le « caméléon à monter à 100% d’augmentation. Certains conseillers à la Présidence de Alpha Condé sont présents et le savent.

Donc, si les syndicats peuvent obtenir ce qu’ils veulent quand ils veulent, à condition que les revendications soient raisonnables, voilà deux raisons pour stopper la machine et négocier sur une nouvelle échéance. Personne n’en mourrait. 

« Prolétaires de tous les pays unissez-vous, vive la France ! », pardon, la Guinée !

Moise Sidibé