Alpha Condé, la presse et le syndicat : Le clash ! La démocratie est-elle en péril en Guinée ? 

28 novembre 2017 16:16:01
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Une double crise secoue en ce moment la société guinéenne dans son ensemble. Il s’agit de la grève des enseignants et du musèlement des médias en République de Guinée. D’origines différentes, ces deux crises convergent aujourd’hui sur un point unique qui est l’interdiction  faite par le président Alpha Condé aux médias, sous peine de leur fermeture, de donner la parole à  une certaine  voie syndicale, celle d’Aboubacar Soumah, le secrétaire général adjoint du syndicat des enseignants libres et chercheurs de Guinée (SLECG), jugée subversive. La menace présidentielle est sérieuse et connait un début d’exécution avec la « suspension » à Labé, en Moyenne Guinée, de la radio BTA FM qui a donné la parole à M. Soumah, devenu ces jours-ci la bête noire du chef de l’État. Aussi, la radio et la télévision Gangan, ont été suspendues pour les mêmes raisons. Cette mesure extrême répand un grand malaise dans le milieu journalistique et porte frontalement atteinte non seulement à la liberté de la presse mais aussi au droit d’un représentant syndical d’exprimer librement ses opinions.

En effet, la fermeté du président Condé surprend lorsqu’on sait qu’il a, dans le passé, bénéficié d’un traitement de faveur de la presse lors de son arrestation et de son emprisonnement par le régime de feu général Lansana Conté, homme fort de la Guinée dans les temps. Cette fermeté s’accommode mal aussi avec la légalité qui exige que toute mesure contre la presse soit prise par la Haute Autorité de la Communication (HAC) soit par la justice. D’ailleurs, la HAC, pour une fois, à travers un communiqué, a recadré le régime de Conakry en disant « qu’elle est la seule institution habilitée à suspendre ou à fermer un média ».

Dans l’histoire récente de la Guinée, une telle prise de position radicale par le chef de l’exécutif  contre la presse et le syndicat est rarement connue. Le contentieux que le président vient de nouer avec la presse aura inévitablement des conséquences durables sur sa relation avec celle-ci. Pourtant, il n’en avait pas besoin étant donné qu’il s’était auparavant qualifié de « Mandela » et « d’Obama » de la Guinée, deux figures emblématiques connues pour leur sens élevé  du respect des valeurs de démocratie et de tolérance en toutes circonstances. L’ex président Lansana Conté, en son temps, avait survécu à une longue et exténuante crise avec les syndicats. Jamais il n’avait intimé aux médias l’ordre de refuser le passage sur leurs antennes des syndicalistes autrefois plus radicalisés. Peut-être était-il conscient que la Guinée a dépassé ce stade ? Bien entendu, à son temps, des gens zélés de son pouvoir agissaient parfois à son nom sans qu’il ne soit au courant.

La décision que vient de prendre son successeur élu est inquiétante pour ceux qui tiennent à cœur la démocratisation de la société et qui voient dans le dialogue une vertu pour résoudre les crises sociales de fond. Au lieu d’être un signe d’apaisement, le musèlement de la presse et la menace proférée à l’endroit de certains représentants syndicaux portent en eux les germes d’une radicalisation du pouvoir dans le règlement des conflits sociaux.

Au demeurant, faut-il le souligner avec amertume que cette double crise fait plusieurs victimes. Il s’agit tout d’abord de ces milliers d’écoliers, obligés de rester à la maison avec le risque de  perdre l’année scolaire. Il y a aussi la liberté syndicale qui prend un coup avec la diabolisation de leurs leaders non conformistes. Sans compter enfin la peur que chacun peut ressentir aujourd’hui dans l’expression de ses opinions et convictions les plus intimes.

Avec cette radicalisation des positions du premier magistrat du pays contre la presse et une franche du syndicat à moins de trois ans de la fin de son deuxième et dernier mandat, peut-on dire que les acquis démocratiques sont-ils en péril en Guinée ?

La question mérite d’être posée avec acuité !

  • CONDÉ ABOU

    Cher Monsieur Youssouf Boundou Sylla, dites-nous qui pourrait comprendre la décision actuelle du Président de la République et par rapport à ses propres intérèts politiques ?

    Il n’a à faire ni aux Partis politiques, ni à une épidémie d’Ebola dans ce pays. Dieu merci.
    Où est le problème en fait ? C’est de savoir, quelle décision présidentielle sur les franges sociales les plus hyper sensibles comme les milieux scolaires, les syndicats ou la Presse, n’a pas de conséquences larges et compliquées, que dis-je dangereuses, sur l’environnement général du pays ?

    Qui peut apprendre aux Syndicalistes Guinéens ce qu’a fait en France pendant des décennies, un autre ancien dirigeant syndicaliste des Universités dans ses bagarres au sommet de la FEANF ? Pourtant, les leaders de la contestation dans les plus grands campus universitaires de France, n’ont jamais été taxés de rebellion, encore moins la Presse qui a soutenu farouchement leur discours de contestation permanente durant les mouvements sociaux dans les campus en ébullition !

    Les Syndicalistes Guinéens n’ont pas été à la FEANF, mais ils savent au moins, comment se servir eux aussi de leurs propres idées pour survivre et se battre.

    L’on a beau dire que ce pays est fragile, certains ne verront jamais le danger du spectre des décisions du Président de la République. La moindre erreur stratégique peut aller loin.
    Dans le cas présent, je vous garantis que le diagnostic qui a été fait au Président de la République est faux de bout en bout.

    L’évaluation des tenants et aboutissants de la crise inutile actuelle est absurde, et malheureusement le Président de la République n’a pas vu venir la tromperie créée de toutes pièces par des faux Experts.

    Quand la classe politique a remis en cause les fondements des Accords politiques d’Octobre 2016, pourquoi, n’a-t-on pas parlé de rebellion contre l’Exécutif en ce moment précis ?

    Qui, des Syndicats et la Presse d’une part, et de l’autre la Classe Politique créent plus de problèmes au Président de la République ?

    La réponse est toute simple, et chacun peut la trouver. Quels que soient les soubressauts sociaux créés par les Syndicats, les Femmes, les Jeunes et la Presse, le Président devrait toujours éviter les mesures extrêmes et extraordinaires, parce qu’elles s’emballeront toujours dans des cycles socialement dangereux et imprévisibles pour le pays.

    On ne traite pas les questions liées à la Presse, aux Syndicats, aux Jeunes et aux Femmes ainsi qu’aux hommes en uniforme par la fâcherie. C’est le plus mauvais service que le Président se rendrait à lui-même. Ce pays a toujours fonctionné comme cela.

    Des divergences majeures à la limite insurmontables, je pourrais les comprendre entre lui et ceux qui sont dans la bagarre politique pour lui arracher son fauteuil présidentiel.

    Mais la Presse, les Femmes, les Jeunes, les Miliatires, Policiers et Gendarmes n’ont pas besoin de rentrer dans une bagarre ou une confrontation avec le Président de la République pour faire aboutir leurs revendications !

    Vous imaginez les conséquences d’un désordre social majeur venant de ces différentes catégories et par rapport au climat des affaires et surtout au temps que prendra le pays pour un retour à l’ordre public normal ?

    Les décisions actuelles venant du Président de la République vont forcément impacter de façon très negative l’environnement des affaires, et le climat des investissements dans le pays. Cela n’est pas du tout bon, et c’est pourquoi, il n’y a pas meilleure solution de sortie de crise que l’apaisement et le dialogue constructif.

    Non, Cher Monsieur Youssouf Boundou Sylla. Pour moi, il est insupportable de transposer les vrais problèmes du Président de la République au niveau des Syndicats, des Elèves, de la Presse, et de l’Institution militaire. Je n’en vois pas du tout l’évidence et la pertinence dans la vraie-fausse crise actuelle.

    C’est là que je ne suis pas du tout d’accord avec ceux qui ont entrainé le Président de la République dans la crise actuelle qui n’a aucun sens pour la logique, au motif que l’initiateur du mouvement de contestation actuelle ne représenterait pas grand chose sur l’échiquier syndical.

    Où est la logique dans la confrontation Alpha Condé – Syndicats, ou Alpha Condé versus la Presse Guinéenne, alors que toutes ces deux franges sociales ont été pour une bonne part, très actives derrière les forces qui l’ont porté au pouvoir en 2010 et en 2015 ?

  • Wonkhai2020

    “Bien poser les questions, c’est tout un art. Où tout dépend, bien sûr, de la réponse que l’on veut obtenir.”