lundi, 20 février 2017, 15:57 GMT

Des intellectuels du continent revendiquent depuis des décennies l’appartenance de la civilisation égyptienne, ils ne font pas évidemment l’unanimité. Les traces de mélanine retrouvées sur la momie de Tout Ankh Amon pour justifier que la civilisation égyptienne est africaine est remise en cause par les recherches et reconstitutions de Harvard basées sur scanner 3-D, ont montré que le jeune pharaon n’était pas de type négroïde, mais indo-européen, même pas arabe. Doit-on en douter ?

 

Si cette nouvelle trouvaille rencontre des réticences, il fautse demander pourquoi l’embaumement n’est dans aucune coutume africaine, puisque les archéologues n’ont retrouvé la momie d’aucun roi africain nulle part ailleurs qu’en Egypte ?

 

Mais à quoi sert-il de revendiquer l’appartenance de cette civilisation qui fut l’une des plus avancées du monde antique alors que le continent est le plus arriéré du monde moderne, socialement parlant ? Les Egyptiens s’étaient massacrés à la machette pour élire leur pharaon ? On peut s’en douter, vu leur niveau technique et leur science, sans une harmonie et une quiétude sociale, tout cela eût été impossible.

 

On voit les troubles sociaux partout sur le continent, qui ne décolle pas malgré des milliards de dollars d’aides au développement depuis les indépendances. Et cette manne est pour quelque chose dans la confiscation politique pour que les Africains s’entre-tuent à grande échelle. Pour s’entre-tuer en toute impunité, il faut se retirer de la CPI. Le prétexte a aussi un mobile difficile à balayer d’un simple revers de la manche : la CPI n’est pas une justice internationale équitable entre les Etats et les hommes, aucune puissance n’a souscrit à la convention de Rome et celle-ci ne poursuit que les Africains ou presque. Huit cas sur dix sont africains.

Il faut aussi reconnaître que ceux qui constituent le front anti-CPI sont les plus morveux, qui ont des choses pas catholiques à défendre et à poursuivre, qui n’hésiteraient pas à user de tout pour atteindre leur but, celui de garder le pouvoir.

 

Le continent s’est affranchi de la colonisation depuis plus d’un demi-siècle, mais aucune instance continentale n’est mise en place pour résoudre les problèmes posés avec acuité. L’Union Africaine fonctionne au bon vouloir de ses bailleurs de fonds, la Commission de l’UA n’existe que pour faire décoration et figuration, la Défense commune, la Cour de justice, le parlement  et toutes les autres institutions ne fonctionnent pas.

 

Après 27 ans d’asile, Hissen Habré, lâché par ses pairs et sous la pression extérieure, a été jugé par un tribunal ad hoc, créé même pas dans l’unanimité d’un sommet de l’UA mais en marge et par un nombre réduit de chefs d’Etat. Le verdict qui est sorti des Chambres africaines extraordinaires de Dakar n’a pas été applaudi unanimement. Que va-t-il résulter des justices de Côte d’Ivoire et du Tchad, qui prennent sur elles de juger leurs propres bourreaux, quand le risque d’être confrontées à un dilemme de juge et partie ou de la justice des vainqueurs sera incontournable ?

 

Actuellement, la fracture entre Francophones et Anglophones est visible sur un nombre de questions, notamment sur la gouvernance politique et sur la CPI, qui, en dépit de ses faiblesses, a le mérite de freiner les ardeurs génocidaires et sur certains cas d’abus et d’exaction, mais si cette épée de Damoclès n’existait plus, il faudrait craindre que des tribus s’exterminent à grande échelle.


Les pays qui ont manifesté le désir de se retirer de la CPI sont confrontés à un tollé dans leur pays, faire passer ce retrait de force est un autoritarisme qui ne doit pas avoir lieu d’être dans le monde moderne. Peut-être qu’en d’autres temps, une remise en question de ce retrait est possible, comme les fréquents changements de constitution et comme les mariages gays qui risquent d’être remis en question aux Etats-Unis mêmes, sous Donald Trump.

 

L’Afrique ne peut pas se permettre le luxe de faire et défaire la toile déjà tissée. Le temps lui fait cruellement défaut dans ce millénaire de toutes les rivalités pour la survie. Et Il est plus que temps de faire l’histoire, puisque le développement futur aura lieu sur le continent avec toutes les ruses et chafouineries.

 

Enfin, faire l’histoire ne veut pas dire s’approprier l’histoire des autres. L’imposteur n’est pas un progressiste. Ce qui est incompréhensible, c’est le silence et le refus de trancher des Arabes, les derniers vainqueurs de l’Egypte. Les Egyptiens étaient-ils des Africains ou des orientaux ? La présence de la mélanine peut-elle tout expliquer, puisque certains Arabes, Indous, Népalais, Thaïlandais et autres ont un fort taux de mélanine, mais cela ne signifie pas forcément qu’ils sont africains, à moins que les Arabes soient aussi descendants des Africains ainsi que les Islandais, Norvégiens, Suédois et autres nordistes.

 

La découverte de l’homo naledi en Afrique du sud et la datation sur les ossements risquent de casser la thèse de Charles Darwin, qui professe que l’Homme descend du singe. Si la datation de  l’homo naledi démontre qu’il a vécu en même temps que l’homme de Neandertal ou l’homo sapiens, il faudrait défaire toute l’histoire de l’humanité.

Moïse Sidibé

Moise Sidibé