Afrique du Sud : le choix décisif des députés entre l’ANC et Jacob Zuma

08 août 2017 12:12:23
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Même si le vote de motion de censure ou de défiance se déroulera à bulletins secrets et que beaucoup vendent déjà la peau de Jacob Zuma pour mettre une pression supplémentaire sur les députés, il ne faudrait pas mordre à la grappe précipitamment.

L’ANC a une claque huilée qui a une capacité hors du commun à renverser les situations les plus irrémédiables.  On se souviendra que lors des funérailles de Nelson Mandela, en présence de nombreux chefs d’Etat et de gouvernement du monde entier, alors que Jacob Zuma s’avançait devant le micro pour prendre la parole, une huée digne du nom était montée des gradins du stade pour désapprouver son intervention, mais l’aboyeur attitré de l’ANC avait pris le micro et avait harangué la foule à tel point que son chant de soutien à Zuma fut repris par presque tout le monde pour noyer les huées.

Pour ce qui doit se passer ce mardi, la présidente du parlement a attendu le dernier moment pour autoriser le vote à bulletins secrets, ce qui démontrait qu’elle avait des appréhensions de pression éventuelle sur les députés. Si tel était le cas, croyait-elle que Zuma dormait tranquillement sur ses lauriers secs et n’est pas déjà allé au-devant par derrière ?

Il ne reste plus qu’à savoir si les députés vont sacrifier Zuma pour l’ANC ou sacrifier le parti pour un homme dont la popularité est bien en berne.

En attendant, c’est Nkosazana Dlamini, l’ex-épouse, l’ex-présidente de la Commission de l’UA, l’ex-présidente des femmes de l’ANC qui aurait des regrets d’embarquer dans le bateau qui prenait l’eau de tous côtés, à moins que Zuma ait eu le temps de tout colmater déjà, mais encore, même s’il échappait à ce vote de  défiance, aurait-il encore assez de supporters pour pousser son ex-femme à la tête de l’ANC ? En attendant, on peut craindre pour elle et se demander qu’entre naïveté candide et manque de nez et de vision, quel côté prendre d’elle. Les députés choisiront l’ANC ou Jacob Zuma ?

La question reste posée.

Moïse Sidibé

 

  • CONDÉ ABOU

    Ce dossier est clos, et Jacob Zuma peut continuer de maintenir son pays dans toutes les incertitudes pour l’avenir. Du moins jusqu’au prochain Congrès de l’ANC qui aura lieu en Décembre pour désigner le prochain leader du Parti au pouvoir.

    Même avec le vote à bulletin secret au Parlement exigé par l’Opposition, Jacob Zuma, a obtenu 198 voix en sa faveur contre 177 voix réclamant son départ et celui de son Gouvernement.

    D’après les résultats annoncés vers 18h40, (heures de Pretoria), par la Présidente du Parlement Baleka Mbete, la motion a remporté 177 voix pour, 198 voix contre, et 9 abstentions, pour un total de 384 votants, sous les acclamations de la Majorité parlementaire.

    C’est la neuvième motion de ce type déposée par l’Opposition contre J. Zuma depuis 2009 et son accession au pouvoir, toujours sans succès.

    Malgré les scandales de corruption à répétition, Jacob Zuma confirme sa réputation de Président insubmersible. Seuls 26 Députés de l’ANC auraient “trahi” Jacob Zuma, selon la propagande du Parti au pouvoir.

    Dernière affaire en date, les révélations des « Gupta Leaks » sur les liens sulfureux entre la richissime famille indienne Gupta et le clan Zuma ont monopolisé les interventions des députés lors du débat qui a précédé le vote. Sans en faire basculer l’issue.

    Selon le correspondant sur place du Monde, le résultat du vote de défiance a pesé sur les marchés financiers. Le Rand, la monnaie Sud Africaine, a perdu 1,3% face au Dollar US. La devise Sud-Africaine était à 13,3948 par Dollar à 19h09 à Johannesburg. Les résultats ont été annoncés vers 18h40.

    L’agence Bloomberg souligne que les déboires de Jacob Zuma a affecté la confiance des investisseurs en Afrique du Sud ces derniers mois. Et cite Susan Booysen, Professeure de Sciences politiques à l’Université de Witwatersrand: « Cette victoire (au Parlement, cet après-midi) sera la continuation d’une forme affaiblie et précaire du pouvoir, dit-elle, parce qu’au fond, il reste un embarras certain (pour son pays). Et c’est une situation qui impose une pression massive sur son parti, l’ANC ».

    Bref, Jacob Zuma reste Président. Je ne suis pas certain que Nkosazana Dlamini ait eu tort dans son choix de quitter l’Union Africaine pour venir preparer la succession de son ex-mari en Afrique du Sud.

    L’ANC bien que tres affaibli par sa mauvaise gouvernance publique, est un systeme compliqué qu’il sera difficile de faire sortir du jeu politique en Afrique du Sud à cause d’une majorité Noire tellement attachée et de facon quasiment aveugle à ses acquis historiques.

    Croisons les bras, mais avec Jacob Zuma, l’avenir et le crédit politique du pays restent de plus en plus, aléatoires et précaires.