Afrique du Sud : L’ANC pourrait-il remonter la pente ?

10 août 2017 12:12:12
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Jacob Zuma a échappé de justesse à la destitution, certes, mais il a été écharpé vif par cette demi victoire sans gloire. De la majorité absolue de plus de 200 voix au parlement, la défection de plus d’une trentaine signifie que rien ne va plus au sein du parti.

Les critiques populaires ne vont pas manquer dans les prochains jours, pour peu que les conditions de vie durcissent. L’ANC, pour garder le rang serré afin de remonter la pente du déclin pour les prochaines joutes électorales, au vu de ce vote sanction, a besoin d’un toilettage au sommet. On supposer que des dispositions à cet effet sont en cours de débat.

Si d’autres députés de l’ANC ne se sont pas joints aux mécontents pour voter la destitution de Jacob Zuma, c’est parce qu’ils ont vu cela comme un renversement de leur propre parti, ils ont pris cela pour une auto-flagellation.

 En dépit de cela, la défection d’une trentaine d’eux signifie que le malaise est profond. Maintenant qu’ils ont réussi à garder le leadership avec une vingtaine de voix, la tête qui branle sur les épaules n’est plus utile, encore moins indispensable et Zuma sait cela plus qu’un autre.

Le linge sale sera lavé en famille lors du prochain congrès. Bien malin qui dira le sort que les députés de l’ANC vont lui réserver, en dehors de son remerciement. Dans ces conditions méphitiques, ne serait-il pas salutaire pour Zuma de ne pas vouloir mettre en selle son ex-femme ?

Pour l’ANC qui perd de vitesse, qui doit se faire violence pour se refaire une santé, il est nécessaire de tirer un trait sur la vieille garde, un jeune leader pourrait porter haut le flambeau pour faire remonter la pente du déclin, sur laquelle l’a entraîné Jacob Zuma dans sa chute libre. Ce serait la solution pour reprendre les rennes du leadership en Afrique du sud, mais si l’ANC se perd dans des considérations nostalgiques et caduques, ou si Jacob Zuma bataille ferme pour reprendre pleinement les rennes de l’ANC… attendons de voir

Moïse Sidibé

  • CONDÉ ABOU

    Très belle analyse, Cher Moise Sidibé. Votre analyse a du sens, et vos préoccupations sont bel et bien fondées quant à l’avenir de l’ANC.

    Bien entendu, au prochain Congrès quinquennal du Parti au pouvoir, l’ANC, prévu en Décembre 2017, il n’y a pas de soucis pour Mr. Jacob Zuma. Il cédera la présidence du Parti à son ex-épouse Nkosazana Dlamini-Zuma. La vraie bagarre aura lieu en 2019, à l’occasion des élections générales (présidentielles, législatives et locales).

    Ceci dit, il ne faudrait pas se faire trop d’illusions sur un sujet qui reste très compliqué, pour parler dans le politiquement correct et en analysant les tenants et aboutissants des pesanteurs sociologiques et anthropologiques de la Nation Sud Africaine.

    L’Afrique du Sud, c’est environ 50 millions d’habitants, dont 12 millions de Zoulous, principalement dans la province du Kwazulu-Natal. Jacob Zuma est un Zoulou pur sang, et c’est beaucoup dire en parlant de lui sur l’échiquier politique Sud Africain, et par rapport à l’ANC.

    En fait, qu’en est-il exactement, de ses relations avec l’ANC dont les premiers dirigeants politiques sont des tribus Xhosa comme Nelson Mandela et Thabo Mbeki ? Elles ont toujours été très bonnes durant les années de la lutte anti-apartheid, où il a passé 10 ans dans la prison de Robben Island aux côtés de Nelson Mandela.

    Il y a bien sûr de graves dissensions internes et des zones d’ombre aujourd’hui, au sujet de l’avenir politique de Jacob Zuma après son éventuel départ à la tête du Parti au pouvoir

    Bien qu’en perte de vitesse, l’ANC devrait en effet très probablement, remporter le scrutin présidentiel de 2019. Jacob Zuma, étant hors course, il devrait voter pour son ex-épouse et ex-Présidente de la Commission de l’Union Africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma, l’une des favorites au sein du Parti. Le principal rival de celle-ci, n’est autre que le Vice-Président de la puissante Confédération Syndicale de la Cosatu, Mr. Cyril Ramaphosa.

    Si Jacob Zuma lâchait prise et que son ex-épouse ne passe pas, il sait très bien qu’il pourrait bien être rattrappé par la Justice sur de nombreux dossiers: Gupta, résidence familiale de Nkandla dans son Kwazulu Natal, marchés publics, le viol d’une femme en 2005 pendant qu’il était encore Vice Président de la République selon la Presse, etc…

    Ce qu’il va faire, consistera à reprendre ce qu’il sait faire le mieux, c’est à dire surfer sur les discours populistes auprès de la base électorale de l’ANC et au niveau de la majorité Noire très pauvre, et qui ne trouve pas du travail, en ramenant indirectement les problèmes de la mauvaise gouvernance du pays sur des questions de domination de la riche minorité Blanche et sur l’immigration illégale et le poids des étrangers Africains dans l’Économie Sud Africaine.

    Il faudrait craindre le retour de la xénophobie et des pillages et autres tueries des étrangers Africains surtout.

    Pour la simple raison que tout le monde connait, la récurrence et les conséquences de son laxisme traditionnel à punir les auteurs de violences massives contre les étrangers (Nigerians, Congolais de RDC, Mozambicains, Somaliens, Érythréens, Kenyans et autres).

    Voici comment le Journaliste Sud Africain de Johannesburg, Arthur Smith a résumé en dix points, le parcours de l’homme politique très controversé que représente Jacob Zuma, le Président actuel de l’Afrique du Sud, et ce depuis 2009, et également Président du Congrès National Africain (ANC), le Parti au pouvoir.

    Mr. Jacob Zuma, comme vous allez le voir sur les lignes suivantes écrites par Arthur Smith, est un politicien controversé, qui est impliqué dans plusieurs scandales associés à la grande corruption et au racket.

    Selon Arthur Smith, voici 10 choses que vous ne connaissiez pas à propos de Mr. Jacob Zuma:

    (1)Polygame, Mr. Jacob Zuma compte aujourd’hui, 21 enfants. Il a longtemps été à l’honneur pour des raisons politiques et personnelles. Zuma a été réélu lors des élections de 2014.
    Son nom complet est Jacob Gedleyihlekisa Zuma. Le nom de Gedleyihlekisa signifie celui qui rit en broyant ses ennemis. Le nom de son clan est Msholozi. Il est né le 12 avril 1942 à Nkandla, dans la province Sud Africaine du KwaZulu-Natal.

    2. Jacob Zuma n’avait pas suivi d’éducation formelle de base lorsqu’il était enfant. Son père, un Policier, est mort à la fin de la Seconde Guerre mondiale lorsque Zuma avait cinq ans.
    Après la mort de son père, sa mère a exercé des fonctions de domestique. Par conséquent, il n’avait aucune forme d’éducation de base, car il devait soutenir sa mère. Il s’est efforcé de lire et écrire la langue Zulu dans le buisson.

    Quoi qu’il en soit, cela ne l’a pas empêché d’apprendre d’autres langues. Autre que la Langue Zulu, il parle couramment le Français, le Russe, le Swahili, le Portugais et le Xhosa.

    3. Jacob Zuma a fait une bonne partie de sa formation en ex-Union soviétique. Il a commencé à s’engager dans la politique à l’âge de 17 ans lorsqu’il a rejoint le Congrès National Africain (ANC).

    Il est devenu membre de Umkhonto we Sizwe, le bras armé et militant de l’ANC, en 1962.
    C’est après que le Gouvernement Sud-Africain a interdit le Parti. Il a rejoint le Parti communiste Sud-Africain (SACP) en 1963.
    Il a ensuite rejoint le Department of Intelligence (le Département du Renseignement), du Congrès National Africain (Police) où il était le principal responsable du renseignement.

    4. Il a été emprisonné à Robben Island pendant 10 ans. En 1963, J. Zuma a été arrêté avec 45 recrues de l’ANC. Ils ont été reconnus coupables de conspirer pour renverser le Gouvernement de l’Apartheid et ont par conséquent été condamnés à purger une peine de 10 ans à la prison de Robben Island aux côtés de Nelson Mandela et d’autres leaders de l’ANC.

    Lors de son séjour en prison à Robben Island, il a été arbitre pour les matchs de football des associations de prisonniers qui ont été organisés par l’organe directeur des prisonniers, Makana Football Association.

    5. En 1987, Jacob Zuma a été forcé de quitter le Mozambique. Le Gouvernement Mozambicain a ordonné à Zuma de quitter le pays. Il a ensuite quitté le Mozambique pour Lusaka, au Zimbabwé.
    Le siège de l’ANC a ensuite été transféré au Zimbabwé et il a été nommé Chef des structures “souterraines”.

    6. Il était en proie à de graves allégations de corruption et de viol. En 1999, alors qu’il était Vice-Président Exécutif en Afrique du Sud, il a été rattrappé par des accusations de corruption pour une mauvaise gestion présumée de 29 millions de Rand qu’il aurait empoché à l’occasion de la signature de contrats de marchés publics pour l’achat d’armes stratégiques concernant des bombardiers, des bateaux de guerre, des sous-marins et hélicoptères.

    Les accusations contre lui, ont ensuite été rejetées en 2003. Il a cependant été placé sous contrôle judiciaire après que son Conseiller financier ait été reconnu coupable de corruption et de fraude.

    En conséquence de ce scandale, Mr. Thabo Mbeki, alors Président Sud-Africain, l’a renvoyé de son poste de Vice-Président de la République.
    Puis, Jacob Zuma a été confronté à des accusations de viol en 2005 après qu’une femme a affirmé qu’il l’avait violée dans sa maison. Après avoir plaidé coupable, il a été jugé.

    C’est au cours de ce viol, qu’il a été critiqué pour son ignorance au sujet du VIH / Sida après avoir prétendu qu’il avait pris une douche après avoir eu des rapports sexuels non protégés avec son accusatrice, afin qu’il puisse éviter de contracter la maladie du SIDA. Le Juge a finalement acquitté Jacob Zuma des accusations. Ses accusations de corruption ont ensuite été rejetées également par la Cour de Justice !

    7. Il est marié à quatre femmes et a un nombre estimé de 21 enfants. Il a été marié au total six fois.

    Actuellement il est marié à quatre femmes alors que l’une de ses Epouse est morte en 2000, et a divorcé d’une autre. En 2003, il a payé une dot de 10 bestioles pour demander la main de la Princesse Sebentile Dlamin du Swaziland, pays limitrophe de l’Afrique du Sud. Elle est devenue sa cinquième femme.

    La famille royale Swazi est mécontente parce qu’il n’a jamais fait d’autres préparatifs pour épouser la princesse depuis qu’il a payé la dot.

    8. Son point fort en politique a été le programme de distribution sur une large échelle des ARV pour combattre le Sida en Afrique du Sud.

    On estime à 6 millions le nombre de personnes infectées du VIH / Sida en Afrique du Sud. Ce programme anti-Sida, a permis à Mr. Jacob Zuma d’améliorer les soins de santé de base dans le pays, en particulier pour les patients atteints du SIDA, et d’obtenir des résultats probants pour la nation avec une espérance de vie plus longue que durant les années précédentes (60 ans).

    9. Son point faible en politique a eu lieu lorsqu’il a été renvoyé en tant que Vice-Président en 2005. Le Président Thabo Mbeki a renvoyé Jacob Zuma de son poste de Vice-Président en raison d’allégations contre lui en matière de fraude et de corruption. Il a été traduit en Justice, mais les accusations portées contre ont été rejetées pour des motifs de procédure.

    10. Il est considéré comme un populiste. Mr. Jacob Zuma est connu pour avoir une personnalité très charismatique, et a une histoire d’arrière-plan avec laquelle les classes moyennes de l’Afrique du Sud pourraient s’accommoder. Il est venu d’un milieu humble et est passé par tous les chemins possibles pour aider sa famille après le décès de son père.