‘’A propos des drames de Dubréka, il n’y a aucun mauvais sort, ni aucune fatalité à invoquer’’, dixit le SG du syndicat des transports

23 mai 2017 19:19:32
3

Affirmer que la commune de Dubréka est traumatisée est une lapalissade. On le serait pour moins que ça. Quatre accidents mortels  entre le 6 et le 15 mai. Un  bilan qui avoisine les quarante morts, de nombreux blessés, des dégâts matériels importants. Et pour couronner le tout, des manifestations qui ont généré des actes de vandalisme. Tous les camions mêlés à ces différents accidents ont été systématiquement incendiés. La marche qui a conduit des élèves  grognards de Kagbélèn au centre ville de Dubréka  à paralyser la circulation et entrainer des caillassages. La ville et ses environs ont vécu quelques jours d’incertitude.

Aujourd’hui la situation  est redevenue normale. Les activités ont repris. Seules les carcasses des véhicules accidentés et incendiés restent  encore visibles. Tels des stigmates dressés là pour rappeler les tragédies successives.  En dépit du calme apparent, ces catastrophes routières auront laissé des traces et marquées d’une empreinte indélébile le subconscient collectif.

De  nombreuses rencontres ont eu lieu sous l’autorité du préfet pour faire face à cette situation calamiteuse et en atténuer les effets dévastateurs.

Nous avons rencontré Naby Camara, le Secrétaire général  du syndicat CNTG des transports et de la mécanique générale de Dubréka qui a bien voulu répondre à nos questions.

Guinéenews : comment avez-vous vécu cette série de catastrophes routières dans  votre commune?

Naby Camara : très mal. Je vous le dis sincèrement, j’ai vécu très mal ces accidents qui ont fait tant de morts et de blessés graves dans ma commune. J’ai toujours été très sensible au malheur d’autrui. Je partage cette grande douleur en communion avec tous les citoyens de Dubréka et d’ailleurs. Je suis très peiné et très concerné par ces évènements et cela, à plusieurs titres : en tant qu’être humain, en tant que croyant et en tant que premier responsable du syndicat préfectoral des transports et mécanique générale.

 Guinéenews: aviez-vous connu pareille situation auparavant?

Naby Camara : je vous réponds non,  sans hésiter. Je suis à Dubréka et j’évolue dans le syndicat depuis de nombreuses années. Jamais auparavant, pareille situation n’a été enregistrée ici. Autant d’accidents qui se répètent des jours d’affilée comme pour ne plus s’arrêter, autant de morts et de blessés graves en un laps de temps aussi court, ça c’est bien la première fois que nous le vivons dans notre préfecture. Tout le monde vous le confirmera.

Guinéenews : qu’est-ce qui peut expliquer cette répétition d’accidents mortels, serait-ce le coup du mauvais sort comme certains l’ont évoqué?

Naby Camara : beaucoup parmi nous sont portés à expliquer les accidents uniquement par la fatalité, la volonté divine ou comme vous le dites, le mauvais sort. Nous sommes d’accord, car chacun de nous a sa façon de voir et de comprendre les choses. Nous sommes croyants, mais reconnaissons que lorsque nous devenons adultes, les actes que nous posons nous engagent toujours. La religion comme la loi sont formels là-dessus. A partir du moment où on a atteint l’âge de la raison on doit faire la différence entre le bien et le mal, entre ce qui est interdit et ce qui est permis. Dans la circulation, il y a les règlements, il y a le code de la route.  Quand on respecte ce qui est recommandé, vraiment tout se passe bien. Il faut de rares cas pour qu’il y ait problème et même dans ce cas, ce ne sera pas grave vu que la prudence est observée au préalable. Pour chacun des accidents graves qui se sont produits successivement ces derniers jours chez nous ici, la police a fait le constat pour situer les responsabilités. Quant à nous syndicalistes, l’un des volets de notre mission consiste à informer et sensibiliser nos chauffeurs-mandants pour qu’ils se comportent comme il faut dans la circulation. De par notre petite expérience dans la conduite automobile et la gestion des chauffeurs nous estimons que l’excès de vitesse, la surcharge et les croisements et dépassements défectueux sont pour beaucoup dans les causes de ces différents cas d’accidents. D’autres aspects pourraient être évoqués par les experts en la matière. Mais, nulle part il ne vous sera dit que tel ou tel accident est la résultante du mauvais sort jeté au propriétaire ou au conducteur. En tout cas, ce sera difficile à prouver.

La route nationale qui traverse Dubréka en direction de Boké ou Fria est l’une des meilleures de notre pays. En dehors de quelques points noirs dans la zone de Kagbélen, elle est en assez bon état et surtout elle est droite et peu escarpée. Cela explique la grande vitesse pratiquée par les conducteurs qui l’empruntent. Le danger vient aussi de la présence permanente des gros camions  de transport de sable qui vont et viennent, jour et nuit sur cette artère, entre Tanènè et Conakry. Quand on ajoute à tout ça l’immobilisation des véhicules en panne sans signalisation adéquate et la circulation des taxis-motos, on a presque fini de présenter les facteurs à l’origine des accidents à Dubréka.

Guinéenews : si vous dites qu’on a fini presque de citer les causes d’accidents à Dubréka, cela signifie qu’il y en a d’autres?

Naby Camara : oui, il existe d’autres causes d’accident bien réelles et fréquemment observées. C’est d’abord la tendance à l’empressement général qui semble s’être emparé de tout le monde. Les gens sont très pressés et cela se ressent dans la circulation. On ne prête attention à rien et on fait très peu cas du code de la route. Et dans ces conditions, vous qui voulez que les choses changent, vos conseils ne portent pas.

En plus, de nombreux conducteurs boivent de l’alcool ou prennent de la drogue avant de conduire.

Guinéenews : votre préfecture est traversée par la route nationale n0 3 qui est très fréquentée. Entre les conducteurs relevant de votre syndicat et les «étrangers» à Dubréka, qui sont juste de passage, lesquels font plus d’accidents?

Naby Camara : les conducteurs de passage dans notre préfecture sont les plus nombreux à commettre des accidents. La raison est bien simple : la qualité de la route les surprend agréablement. Leur vigilance se relâche et ils commettent des infractions qui entrainent des accidents.  

Guinéenews : que dites-vous du comportement des populations qui mettent systématiquement le feu à tout camion impliqué dans un accident à Dubréka?

Naby Camara : ce fait est très regrettable. Nous l’avons toujours déploré et dénoncé.  Les autorités préfectorales et communales à tous les niveaux sensibilisent régulièrement les populations riveraines sur le sujet. Ces efforts ne semblent pas avoir porté fruit pour le moment. Le phénomène se poursuit encore malheureusement. En attendant que l’effet de la sensibilisation soit visible, il faut renforcer la qualité des secours. Nous avons constaté que lorsque la sécurité arrive rapidement et en nombre sur les lieux d’accident, aucun véhicule n’est brûlé. C’est déjà une piste de solution. Les autorités judiciaires doivent s’impliquer fortement pour combattre fermement et systématiquement cette pratique de vandale visant à aggraver inutilement le problème déjà posé.

Guinéenews : vous avez participé à de multiples rencontres avec les autorités compétentes depuis le début de cette série de tragédies routières. A quels résultats avez-vous abouti ?

Naby Camara : effectivement, depuis l’accident de Yorokoguia, nous avons été conviés à de nombreuses rencontres à la préfecture, mais aussi à la Direction Centrale de la Sécurité Routière et à notre Fédération Syndicale Nationale. Des réunions de sensibilisation nous ont conduits aux parcs de camions de transport de sable à la T5 et au ‘‘grand moulin’’ à Kagbélèn. Tous les chauffeurs membres de notre centrale qui évoluent de Tondon à Kagbélèn, y ont pris part.  Des appels à la prudence ont été lancés. Autour de notre préfet et dans le même objectif, les différentes rencontres ont été élargies à tous les acteurs : la commune, la sécurité, la justice, la santé, les TP, les syndicats et les responsables des quartiers. Parmi les mesures prises au terme de cette série de rencontres on peut citer l’interdiction de la vitesse excessive, de la surcharge et du transport de deux passagers à l’avant des véhicules.

Guinéenews : vous pensez que cela suffira à mettre fin à ces accidents ?

Naby Camara : nous restons optimistes. Il faut un début à tout, de la patience, de la persévérance et surtout, des efforts soutenus.

Guinéenews : comment comptez-vous faire pour une application correcte de ces mesures ?

Naby Camara : par la rigueur et la constance dans le contrôle. Les services de sécurité sont à pied d’œuvre pour l’application correcte des décisions préfectorales. Nous appuyons leur action sur le terrain. Tous nos mandants sont informés de la pertinence de ces mesures qui sont en phase avec les règles du code de la route. L’objectif principal étant de renforcer la sécurité routière dans notre pays.

Entretien réalisé par Diao Diallo

 

  • CONDẺ ABOU

    Tres franchement, je ne vois pas 36 solutions face au danger qui plane aujourd’hui sur tous les usagers de la route en Guinee.

    D’abord, il faudrait une mobilisation generale pour obtenir le durcissement immediat de toute la legislation sur la circulation routiere sur l’ensemble du territoire national. Ensuite, il faudrait de nouveaux investissements publics pour améliorer et sécuriser la fluidité du trafic, et de nouvelles ressources pour le budget de la Securite Publique, en vue d’un controle plus rapproché pour endiguer l’anarchie actuelle et l’impunité notoire sur les routes.

    Cet horrible accident interpelle largement l’Etat et ses démembrements, pour la prise de décisions énergiques et frontales devant l’anarchie dans la circulation routière. Sans quoi il n’y aura aucun enseignement positif à tirer de ce drame dû à la fantaisie, que dis-je à l’indiscipline inqualifiable et la violation complète de la loi, par un chauffeur qui a sacrifié bètement la vie de tant de pauvres compatriotes.

    La force de la Loi actuelle, pose problème dans ce secteur calamiteux aussi bien en termes de qualité du parc automobile et des routes, qu’en terme de culture du respect du Code de la route par des individus non professionnels et qui ne sont ni plus ni moins qu’un danger pour tout le pays.

    Propositions de solutions:

    (1)Urgemment l’Etat devrait changer profondément sa politique de gestion des permis de conduire. Il faudrait introduire immédiatement le Permis à point en Guinée comme dans la plupart des pays à haute densité de trafic routier. Ce n’est pas une solution magique, mais elle permet de sevir en permanence, comme une épée de Damoclès sur la tête des conducteurs indélicats.

    Il faudrait abandonner carrément la formule actuelle du permis à vie dont les chauffeurs se moquent royalement.

    (2)L’attribution du Permis de conduire, devrait être intégrée dans un système informatique de base de données qui devrait fournir les informations à un Serveur central. Ce serveur central pourrait être programmé pour donner à tout moment toutes les informations sur la qualité de la conduite du chauffeur en enregistrant toutes les informations de la Police Routière à l’occasion de mauvaise conduite ou d’attribution de ticket de Police pour mauvaise conduite sur les routes à l’encontre de tous les contrevenants aux bonnes règles.

    Ainsi au fur et a mesure que le chauffeur accumule les pénalités, le système actualisera et centralisera son background sur toute l’étendue du territoire en enregistrant tous les détails des infractions commises.

    Ce background devrait servir de référence de base lors des recrutements à tous les emplois de chauffeurs à tous les niveaux, y compris dans le secteur privé.

    En résumé, aucun employeur, privé ou public ne devrait avoir le droit de recruter un chauffeur fiché pour mauvaise conduite selon son background. Seule l’administration de la Routière devrait être habilitée à délivrer de facon payante par les demandeurs, ce background de chaque chauffeur sur toute l’étendue du territoire national.

    C’est à peu de choses près, ce qui fonctionne aux USA, et qui n’a pas du tout l’air compliqué, si l’Etat veut vraiment se donner les moyens d’attaquer la situation anarchique actuelle.

    (3)Au niveau de l’état des routes et des panneaux de signalisation, il y a de graves déficiences et beaucoup
    reste à faire. L’Etat a l’obligation d’améliorer la qualité des routes et de l’ensemble du système de signalisation dans le pays. Cela n’est pas du tout un luxe.

    Tout le reste devrait faire l’objet d’un investissement public et privé à long terme sur la culture de la citoyenneté, et l’encouragement au respect absolu des lois via les médias et les leaders d’opinion, aussi bien qu’au niveau des ONG.

    Dieu bénisse le pays et inspire nos compatriotes pour accepter de rendre le pays heureux.
    Paix au paradis éternel pour nos compatriotes affreusement tués dans cet accident épouvantable de Dubréka. Amen.

  • Kolie jean

    qu’est ce que vous aviez dit à propos des Gamins qui conduisent ces gros engins et que pensez vous d’une route ou la largeur est de 7m ou le flux des engins depasse les normes standars eh hhumm……….
    Ma Guinee ou vas tu avec tes morts . une Guinee ou la vie ne vaut meme pas 1 dollards
    une Guinee ou sa population est meurtrie et l’on confie son sort à un destin

  • camara yaya

    la route de Dubrika est trop petite , le gouvernement guineen doit prendre une decision pour agrandir la route de Dubrika , le probleme ne limite pas seulement au mauvais comportement des chauffeur , mais la route est trop petite et il ya trops virage , ce ça qui cause souvent l’accident de circulation de route .